Je croîs qu'il y a une profonde parenté entre la dose de démocratie qui existe dans un pays, laquelle résulte de ses agencements institutionnels pluralistes, et la laïcité. La laïcité peut devenir une méthodologie de la démocratisation permanente, un ensemble de modes d'enquête, de réflexion, de critique, d'expérimentation, d'institutionnalisation visant à faire en sorte que partout la démocratie devienne possible. Traduisez cela dans la France d'aujourd'hui : la démocratie dans l'entreprise, ce n'est certainement pas la monarchie. Que signifierait exactement la République dans la vie concrète des entreprises ? Voilà une façon de poser le problème. Est-ce que cela veut dire qu'on aide par priorité les contre-pouvoirs, et notamment le mouvement syndical, à sortir du ghetto salarial, ou de la dérive corporatiste qui risque d'être la sienne ? Quels sont les renforts qui peuvent lui venir de l'extérieur? L'école et ses corps constitués ne sont-ils pas une puissante source de tels renforts ? A partir du moment où on se mettrait à réfléchir sur le potentiel que je viens ainsi d'indiquer, on s'apercevrait que certains vieux problèmes peuvent être abandonnés sans rien renier de ce que la laïcité a gardé de fécond. Etre laïque, en l'an 2000, ce ne sera certainement pas se battre contre l'école des curés : mais se battre contre l'école inféodée à l'Etat, contre l'école du Parti, contre l'école asservie à l'entreprise, contre l'école domestiquée par quiconque, et non point libératrice de chacun : tel sera, assurément, l'enjeu !
Problèmes politiques et sociaux - n°768
La laïcité :Evolutions et enjeux
Bienvenue sur ce blog
Ce blog contient un recueil de textes (1) qui nous ont paru intéressants dans le cadre des réflexions sur la question "Europe et laïcité".
Ce recueil de textes sera enrichi au cours de nos travaux.
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(1) Messages dans le langage du blog
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vendredi 9 janvier 2009
jeudi 4 décembre 2008
Le triomphe de la violence religieuse
PAR ALAIN DUHAMEL
Source: Libération - 4/12/2008
Les attentats de Bombay avec leur cortège de cadavres, de vies brisées, de familles décimées constituent l'apothéose de la violence religieuse en 2008. Elle est cette fois-ci, comme souvent, d'origine islamique et a frappé aveuglément comme toujours, des hindouistes, des musulmans, des chrétiens et des juifs. Si. dans cette région du monde, les intégristes islamiques sont particulièrement concentrés et redoutables -au Pakistan, en Afghanistan, en Inde, en Indonésie- ils sont loin de détenir le monopole de la violence religieuse. En Inde, les hindouistes aussi ont recours aux attentais, aux bombes et aux fusillades. Les chrétiens, infiniment moins nombreux, sont cependant visés et personnes dans cette immense Etat-continent. La violence d'inspiration, de tradition ou de masque religieux submerge l'ex-joyau de l'empire briiannique. comme elle dévaste toute la région.
Malheureusement, ce qui culmine en Asie existe partout dans le monde, sur les cinq continents. Le fracas de la crise financière, le désastre de la crise économique et sociale ont estompé cette malédiction qui triomphe au début de ce troisième millénaire: la religion, les religions sont devenues ou redevenues le ressort, le prétexte, l'inspiration de la plupart des violences et des conflits.
Durant les deux derniers siècles, les impérialismes, l'expansionnisme et les idéologies totalitaires avaient joué le rôle principal. Ils avaient provoqué deux guerres mondiales, la Shoah, les guerres coloniales et d'innombrables conflits locaux. Des dizaines de millions de morts, des centaines de millions de blessés, des dévastations effrayantes, des famines et des ruines en avaient été le résultat direct.
Aujourd'hui, les idéologies totaliraires d'extrême droite ou d'extrême gauche ont perdu tout prestige. Elles ont trop fait leurs preuves. Les empires coloniaux ont disparu les uns après les autres, les grandes guerres d'expansion territoriale aussi. Comme il est plus commode d'habiller et de grimer la violence, ce sont donc les religions qui, de nouveau, comme jadis, jouent le rôle principal.
Au Proche et au Moyen-Orient, elles sont derrière tous les conflits et tous les tenorismes. de plus en plus influentes, de plus en plus cruelles, de plus en plus nécessaires pour offrir de pseudos justifications au terrorisme et aux guerres. Musulmans contre juifs, sunnites contre chiites, islamistes contre "croisés". Israël, la Palestine, l'Irak, l'Iran et, à vrai dire, toute la région sont infestés, dévastés, déstabilisés par la violence aux couleurs religieuses. En Afrique, les conflits ethniques et les appétits économiques se mêlent étroilement aux clivages religieux.
Source: Libération - 4/12/2008
Les attentats de Bombay avec leur cortège de cadavres, de vies brisées, de familles décimées constituent l'apothéose de la violence religieuse en 2008. Elle est cette fois-ci, comme souvent, d'origine islamique et a frappé aveuglément comme toujours, des hindouistes, des musulmans, des chrétiens et des juifs. Si. dans cette région du monde, les intégristes islamiques sont particulièrement concentrés et redoutables -au Pakistan, en Afghanistan, en Inde, en Indonésie- ils sont loin de détenir le monopole de la violence religieuse. En Inde, les hindouistes aussi ont recours aux attentais, aux bombes et aux fusillades. Les chrétiens, infiniment moins nombreux, sont cependant visés et personnes dans cette immense Etat-continent. La violence d'inspiration, de tradition ou de masque religieux submerge l'ex-joyau de l'empire briiannique. comme elle dévaste toute la région.
Malheureusement, ce qui culmine en Asie existe partout dans le monde, sur les cinq continents. Le fracas de la crise financière, le désastre de la crise économique et sociale ont estompé cette malédiction qui triomphe au début de ce troisième millénaire: la religion, les religions sont devenues ou redevenues le ressort, le prétexte, l'inspiration de la plupart des violences et des conflits.
Durant les deux derniers siècles, les impérialismes, l'expansionnisme et les idéologies totalitaires avaient joué le rôle principal. Ils avaient provoqué deux guerres mondiales, la Shoah, les guerres coloniales et d'innombrables conflits locaux. Des dizaines de millions de morts, des centaines de millions de blessés, des dévastations effrayantes, des famines et des ruines en avaient été le résultat direct.
Aujourd'hui, les idéologies totaliraires d'extrême droite ou d'extrême gauche ont perdu tout prestige. Elles ont trop fait leurs preuves. Les empires coloniaux ont disparu les uns après les autres, les grandes guerres d'expansion territoriale aussi. Comme il est plus commode d'habiller et de grimer la violence, ce sont donc les religions qui, de nouveau, comme jadis, jouent le rôle principal.
Au Proche et au Moyen-Orient, elles sont derrière tous les conflits et tous les tenorismes. de plus en plus influentes, de plus en plus cruelles, de plus en plus nécessaires pour offrir de pseudos justifications au terrorisme et aux guerres. Musulmans contre juifs, sunnites contre chiites, islamistes contre "croisés". Israël, la Palestine, l'Irak, l'Iran et, à vrai dire, toute la région sont infestés, dévastés, déstabilisés par la violence aux couleurs religieuses. En Afrique, les conflits ethniques et les appétits économiques se mêlent étroilement aux clivages religieux.
En 2008. la religion n'est pas l'opium du peuple mais sa grenade, sa charge explosive, demain son missile. En apparence, les Amériques ct l'Europe sont moins directement touchées. A y regarder de plus près, mieux vaut ne pas s'aveugler. La folle Irlande cesse à peine de voir catholiques et protestants s'étriper, comme depuis quelques siècles. En ex-Yougoslavie, catholiques, orthodoxes et musulmans se massacraient encore il y a dix ans. Aujourd'hui, le catholicisme orthodoxe renaît en Russie sous sa forme la plus nationaliste et la plus farouche, en opposition aux populations musulmanes des confins de l'ex-cmpire. Dans les Balkans, dans le Caucase, la religion se casque et s'arme. En Europe occidentale, en Amérique, elle est plus pacifique ou du moins peu violente. Encore faut-il ne pas oublier les siècles de guerre de religions ici, et ne pas omettre les racines religieuses des exils forcés qui ont fait l'Amérique. Encore faut-il surtout ne pas négliger la montée du fondamentalisme chez les chrétiens. Elle apparaît paisible quand on la compare aux guerres et au terrorisme religieux sur d'autres continents. Aux Etats-Unis cependant, la droite religieuse progresse à la fois dans l'épiscopat catholique et chez les évangéliques protestants, notamment les charismatiques, a fortiori les born again. Leur idéologie porte sa part de responsabilité dans la rupture qui menace sans cesse islam et Occident. Cette pente-là, ce retour du fondamentalisme chrétien a des prolongements
Cette malédiction triomphe en ce troisième millénaire :
Cette malédiction triomphe en ce troisième millénaire :
les religions sont devenues ou redevenues le ressort, le
prétexte, l'inspiration de la plupart des violences et
des conflits.
en F.urope, par exemple au sein des épiscopats italien et espagnol, la France étant jusqu'ici immunisée grâce à sa laïcité et à son gallicanisme. Reste que si le terrorisme est d'abord islamique, si la violence religieuse maximale n'est pas occidentale, tous les continents sont frappés par la tentation du fondamentalisme, tous sont menacés par la violence religieuse. Les hauts dignitaires des religions monothéistes tentent sincèrement de dialoguer pour extirper la violence religieuse, pour l'exorciser. Mais que pèsent leurs colloques distingués et leurs débals angéliques face à l'identification croissante des religions et de la violence? Au XXI éme siècle, la religion est de nouveau l'accélérateur de violence?
en F.urope, par exemple au sein des épiscopats italien et espagnol, la France étant jusqu'ici immunisée grâce à sa laïcité et à son gallicanisme. Reste que si le terrorisme est d'abord islamique, si la violence religieuse maximale n'est pas occidentale, tous les continents sont frappés par la tentation du fondamentalisme, tous sont menacés par la violence religieuse. Les hauts dignitaires des religions monothéistes tentent sincèrement de dialoguer pour extirper la violence religieuse, pour l'exorciser. Mais que pèsent leurs colloques distingués et leurs débals angéliques face à l'identification croissante des religions et de la violence? Au XXI éme siècle, la religion est de nouveau l'accélérateur de violence?
mercredi 3 décembre 2008
La laïcité positive - Jean Piriou
En septembre 2008, en France, le Président de la République a accueilli le Pape.
Dans leurs discours respectifs, se sont fait écho les notions liées à ce qu'ils appellent l'un et
l'autre la 'laïcité positive'.
Rappelons en effet que le qualificatif accolé à 'laïcité' est une création de Benoît XVI lui-même :
« Un état sainement laïc devra logiquement reconnaître un espace dans sa législation à cette dimension fondamentale de l'esprit humain (le 'sens religieux '). Il s'agit en réalité d'une 'laïcité positive ' qui garantisse à tout citoyen le droit de vivre sa foi religieuse avec une liberté authentique y compris dans le domaine public. » (message du 11 octobre 2005 adressé par le Pape au président du Sénat italien Marcello Fera.)
Le clergé qui, en France, s'était à notre grande satisfaction approprié le concept de laïcité, le redéfinit à présent, sous l'égide papale, en l'opposant aux laïques eux-mêmes. Le consensus laïque français forgé par un siècle de cohabitation, sous la protection des articles de la loi de 1905, cohabitation dans l'espace public des citoyens, clercs et non clercs, croyants et non croyants, ce consensus pourrait ainsi être brisé.
Il s'agit de toute évidence d'une volonté de retour à la confessionnalisation de l'espace public.
Et l'Etat français encourage cette régression, en déclarant vouloir élever la liberté de culte au-dessus des valeurs de la République, offrir l'espace public à l'expression contrastée des idéaux religieux, préférer la morale religieuse à celle que chaque citoyen, libre de conscience, définit pour
lui-même.
C'est le retour du religieux au sommet de l'Etat.
Pourrait-il à nouveau pénétrer nos institutions, nos écoles, notre espace public ?
La loi de séparation des églises et de l'Etat avait jusqu'à présent évité ce retour par la forme
de tolérance et de conciliation qui avait présidé à son élaboration.
Les discours récents présagent-ils une offensive gouvernementale pour réviser la loi dans une
forme qui favoriserait la promotion des religions ?
J.P.
Dans leurs discours respectifs, se sont fait écho les notions liées à ce qu'ils appellent l'un et
l'autre la 'laïcité positive'.
Rappelons en effet que le qualificatif accolé à 'laïcité' est une création de Benoît XVI lui-même :
« Un état sainement laïc devra logiquement reconnaître un espace dans sa législation à cette dimension fondamentale de l'esprit humain (le 'sens religieux '). Il s'agit en réalité d'une 'laïcité positive ' qui garantisse à tout citoyen le droit de vivre sa foi religieuse avec une liberté authentique y compris dans le domaine public. » (message du 11 octobre 2005 adressé par le Pape au président du Sénat italien Marcello Fera.)
Le clergé qui, en France, s'était à notre grande satisfaction approprié le concept de laïcité, le redéfinit à présent, sous l'égide papale, en l'opposant aux laïques eux-mêmes. Le consensus laïque français forgé par un siècle de cohabitation, sous la protection des articles de la loi de 1905, cohabitation dans l'espace public des citoyens, clercs et non clercs, croyants et non croyants, ce consensus pourrait ainsi être brisé.
Il s'agit de toute évidence d'une volonté de retour à la confessionnalisation de l'espace public.
Et l'Etat français encourage cette régression, en déclarant vouloir élever la liberté de culte au-dessus des valeurs de la République, offrir l'espace public à l'expression contrastée des idéaux religieux, préférer la morale religieuse à celle que chaque citoyen, libre de conscience, définit pour
lui-même.
C'est le retour du religieux au sommet de l'Etat.
Pourrait-il à nouveau pénétrer nos institutions, nos écoles, notre espace public ?
La loi de séparation des églises et de l'Etat avait jusqu'à présent évité ce retour par la forme
de tolérance et de conciliation qui avait présidé à son élaboration.
Les discours récents présagent-ils une offensive gouvernementale pour réviser la loi dans une
forme qui favoriserait la promotion des religions ?
J.P.
mardi 2 décembre 2008
Lois
Lois laïcité
Constitution d'Anderson -1722
(...) Les Maçons étaient tenus dans chaque pays d'être de la religion de ce pays ou de cette nation (...), il est cependant considéré comme plus expédient de seulement les astreindre à cette religion où tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opinions ; à savoir être des hommes d'honneur et de probité. Par suite de quoi la Maçonnerie devient le centre d'union et le moyen de nouer une véritable amitié parmi des personnes qui n'auraient pu que rester perpétuellement distantes.(... )
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - 26 août 1789
Art. 10 - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur
manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.
Art. 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus
précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement ; sauf à
répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
Loi Falloux sur les établissements du primaire et du secondaire - 15 mars 1850 Art. 69 - Les établissements libres peuvent obtenir des communes, des départements ou de l'Etat, un local et une subvention, sans ue cette subvention puisse excéder un dixième des dépenses annuelles de l"tablissement. Les conseils académiques sont appelés à donner leur avis préalable sue l'opportunité de ces subventions
Commune de Paris - 1871
Art. 1 - L'Eglise est séparée de l'Etat
Art. 2 - Le budget des cultes est supprimé.
Art. 3 - Les biens appartenant aux congrégations religieuses sont déclarés propriété nationale.
Art. 4 - L'instruction rimaire est laïque, gratuite et obligatoire.
Art. 5 - Garçons et filles se retrouveront à égalité de formation aussi bien pour leurs études
primaires que secondaires
Loi Laboulaye- 12 juil 1875
Art. 1 - L'enseignement supérieur est libre.
Constitution du G.O.D.F. -1877
Art 1er — (...) La Franc-Maçonnerie a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des
autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.
Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de
l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.
(Ce texte précise que si le Grand Orient de France se refuse à toute affirmation dogmatique, ce n'est nullement
pour limiter la liberté de pensée et de conscience de ses membres ; c'est, au contraire, pour garantir cette liberté
et leur permettre, de croire à des dogmes si cela leur plaît, ou de ne croire à aucun dogme s'ils le préfèrent.)
Loi Jules Ferry sur l'instruction publique obligatoire - 28 mars 1882
Art. 1 - L'enseignement primaire comprend : l'instruction morale et civique ;(...) la
musique ; la gymnastique.
Pour les garçons, les exercices militaires. Pour les filles, les travaux à l'aiguille.
Art. 2 - Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine en outre du dimanche,
afin de permettre aux parents de faire donner, s'ils le désirent, à leurs enfants l'instruction
religieuse en dehors des édifices scolaires.
Loi Goblet sur l'organisation de l'enseignement primaire - 30 oct 1886 Art. 2 - Les établissements d'enseignement primaire de tout ordre peuvent être publics, c'est-à-dire fondés par l'Etat, les départements ou les communes ; ou privés, c'est-à-dire fondés et entretenus par des particuliers ou des associations. (...)
Art. 17 - Dans les écoles publiques de tout ordre, l'enseignement est exclusivement confié à un personnel laïque.
Loi de séparation des Eglises et de l'Etat -- 9 déc 1905
Article Premier. - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice
des cultes (...)
Art. 2. - La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. (...)
Art. 4 -(...) les biens (...) du culte seront (...) transférés (...) aux associations qui, en se
conformant aux règles d'organisation générale du culte dont elles se proposent d'assurer
l'exercice, se seront légalement formées (...)
Déclaration universelle des droits de l'homme ~ 1948
Préambule -(...) Considérant que (...) l'avènement d'un monde où les êtres humains seront
libres de parler et de croire (...) a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.
Art. 18 - Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit
implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa
religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par
l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.
Art. 19 - Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression ; ce qui implique le droit
de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans
considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que
ce soit.
Constitution de la Vème République - 4 oct 1958
Art. 2 - La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. (...)
Loi Debré sur les rapports entre l'Etat et les établissts d'enseignemt privé - 31 déc 1959
Art. !-(...) L'Etat proclame et respecte la liberté de l'enseignement et en garantit l'exercice
aux établissements privés régulièrement ouverts.
Il prend toute dispositions utiles pour assurer aux élèves de l'enseignement public la liberté
des cultes et de l'instruction religieuse.(... )
L'établissement (privé), tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement
dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants, sans distinction d'origine,
d'opinions ou de croyances, y ont accès.
Loi Savary sur l'enseignement supérieur - 26 janv 1984
Le service public de l'enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir ; il respecte la liberté des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique.
Loi sur le foulard - 2004
Traité de Lisbonne ~ 2008
Constitution d'Anderson -1722
(...) Les Maçons étaient tenus dans chaque pays d'être de la religion de ce pays ou de cette nation (...), il est cependant considéré comme plus expédient de seulement les astreindre à cette religion où tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opinions ; à savoir être des hommes d'honneur et de probité. Par suite de quoi la Maçonnerie devient le centre d'union et le moyen de nouer une véritable amitié parmi des personnes qui n'auraient pu que rester perpétuellement distantes.(... )
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - 26 août 1789
Art. 10 - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur
manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.
Art. 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus
précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement ; sauf à
répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
Loi Falloux sur les établissements du primaire et du secondaire - 15 mars 1850 Art. 69 - Les établissements libres peuvent obtenir des communes, des départements ou de l'Etat, un local et une subvention, sans ue cette subvention puisse excéder un dixième des dépenses annuelles de l"tablissement. Les conseils académiques sont appelés à donner leur avis préalable sue l'opportunité de ces subventions
Commune de Paris - 1871
Art. 1 - L'Eglise est séparée de l'Etat
Art. 2 - Le budget des cultes est supprimé.
Art. 3 - Les biens appartenant aux congrégations religieuses sont déclarés propriété nationale.
Art. 4 - L'instruction rimaire est laïque, gratuite et obligatoire.
Art. 5 - Garçons et filles se retrouveront à égalité de formation aussi bien pour leurs études
primaires que secondaires
Loi Laboulaye- 12 juil 1875
Art. 1 - L'enseignement supérieur est libre.
Constitution du G.O.D.F. -1877
Art 1er — (...) La Franc-Maçonnerie a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des
autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.
Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de
l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.
(Ce texte précise que si le Grand Orient de France se refuse à toute affirmation dogmatique, ce n'est nullement
pour limiter la liberté de pensée et de conscience de ses membres ; c'est, au contraire, pour garantir cette liberté
et leur permettre, de croire à des dogmes si cela leur plaît, ou de ne croire à aucun dogme s'ils le préfèrent.)
Loi Jules Ferry sur l'instruction publique obligatoire - 28 mars 1882
Art. 1 - L'enseignement primaire comprend : l'instruction morale et civique ;(...) la
musique ; la gymnastique.
Pour les garçons, les exercices militaires. Pour les filles, les travaux à l'aiguille.
Art. 2 - Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine en outre du dimanche,
afin de permettre aux parents de faire donner, s'ils le désirent, à leurs enfants l'instruction
religieuse en dehors des édifices scolaires.
Loi Goblet sur l'organisation de l'enseignement primaire - 30 oct 1886 Art. 2 - Les établissements d'enseignement primaire de tout ordre peuvent être publics, c'est-à-dire fondés par l'Etat, les départements ou les communes ; ou privés, c'est-à-dire fondés et entretenus par des particuliers ou des associations. (...)
Art. 17 - Dans les écoles publiques de tout ordre, l'enseignement est exclusivement confié à un personnel laïque.
Loi de séparation des Eglises et de l'Etat -- 9 déc 1905
Article Premier. - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice
des cultes (...)
Art. 2. - La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. (...)
Art. 4 -(...) les biens (...) du culte seront (...) transférés (...) aux associations qui, en se
conformant aux règles d'organisation générale du culte dont elles se proposent d'assurer
l'exercice, se seront légalement formées (...)
Déclaration universelle des droits de l'homme ~ 1948
Préambule -(...) Considérant que (...) l'avènement d'un monde où les êtres humains seront
libres de parler et de croire (...) a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.
Art. 18 - Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit
implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa
religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par
l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.
Art. 19 - Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression ; ce qui implique le droit
de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans
considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que
ce soit.
Constitution de la Vème République - 4 oct 1958
Art. 2 - La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. (...)
Loi Debré sur les rapports entre l'Etat et les établissts d'enseignemt privé - 31 déc 1959
Art. !-(...) L'Etat proclame et respecte la liberté de l'enseignement et en garantit l'exercice
aux établissements privés régulièrement ouverts.
Il prend toute dispositions utiles pour assurer aux élèves de l'enseignement public la liberté
des cultes et de l'instruction religieuse.(... )
L'établissement (privé), tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement
dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants, sans distinction d'origine,
d'opinions ou de croyances, y ont accès.
Loi Savary sur l'enseignement supérieur - 26 janv 1984
Le service public de l'enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir ; il respecte la liberté des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique.
Loi sur le foulard - 2004
Traité de Lisbonne ~ 2008
lundi 1 décembre 2008
Quelques citations: Laïcité
Napoléon-fév 1804
Prétend-on que je gouverne avec succès un peuple dont les consciences seraient soumises à la direction de chefs ecclésiastiques ennemis de l'ordre actuel ?(...).!! faut que j'arrache les catholiques de France à des évêques qui, de Vienne, de Londres, de Madrid, contrarient le gouvernement républicain jusque dans l'intérieur des familles
Gambetta - 27 sept 1872
Quant à la religion, je n'en parle pas. Cela est un domaine en dehors de la politique... Allez dans vos Temples, priez, je ne vous connais pas. Ce que je demande, c'est la liberté égale pour vous et pour moi, pour ma philosophie comme pour votre religion, pour ma liberté de penser comme pour votre liberté de pratiquer. Ne dites donc pas que nous sommes les ennemis de la religion, puisque nous la voulons assurée, libre et inviolable.
Guy Coq-sept 1995
Que Salman Rushdie n'ait pas le droit de se promener sur les boulevards parisiens ou de parler en France dans une réunion publique ; qu'en République tchèque on soit contraint de gommer tout nom sur l'édition, quasi clandestine des versets sataniques, ces faits sont autant de preuves que la démocratie, la laïcité, l'Etat de droit et les libertés sont en train de mourir en Europe, à moins d'un sursaut des amis de la liberté.
Dominique Noguez - 11 déc 2003
La laïcité n'est pas la tolérance. La laïcité est abstention, neutralité, espace sans rien dé
manifesté et qui agresse : il n'y a donc rien à tolérer. Tolérer, c'est autre chose : c'est subir
une agression en faisant comme si on ne la subissait pas.(... ) La laïcité, c'est un espace de
paix où l'on entre sans armes ; la tolérance, c'est lorsque tout le monde a des armes,
généralement légères, mais s'abstient de les utiliser.(...)
Il y a incompatibilité de la laïcité avec la notion de signe religieux ou, plus généralement, de
signe d'appartenance, car que signifient ces signes ? Ils disent aux autres, et d'abord à
l'éducateur : « Trop tard : mon opinion est faite. Vous pourrez toujours essayer de m'en faire
changer, voire simplement de me faire connaître d'autres points de vue ou de me montrer une
autre façon de poser le problème, vous perdrez votre temps. »(...)
Un parallèle est à établir entre le caractère secret des opinions politiques dans les bureaux de
vote (isoloir), qui permet d'éviter les pressions et garantit la liberté de choix.
Henri Pena-Ruiz - 2004
Le clergé d'une religion particulière n'est pas contesté, tant qu'il se contente d'administrer les choses de la foi pour ceux qui lui reconnaissent librement un tel rôle. Mais dès qu'il entend exercer un pouvoir sur l'ensemble des hommes, et capter à son profit la puissance publique ou tenir d'elle des privilèges reconnus, il fait violence à ceux qui ont d'autres options spirituelles, qu'il s'agisse d'une autre religion, d'un humanisme athée ou agnostique.
Jacques Ralite - mars 2005
Je ne suis pas prêt d'abandonner l'idée laïque, mais non laïcarde. C'est ce qu'illustre très bien cette phrase de Marc Bloch que j'ai toujours derrière moi, dans mon bureau : « Quel pauvre cœur que celui qui ne serait pas autorisé à avoir plus d'une tendresse ». La laïcité c'est une forme de tendresse.
Prétend-on que je gouverne avec succès un peuple dont les consciences seraient soumises à la direction de chefs ecclésiastiques ennemis de l'ordre actuel ?(...).!! faut que j'arrache les catholiques de France à des évêques qui, de Vienne, de Londres, de Madrid, contrarient le gouvernement républicain jusque dans l'intérieur des familles
Gambetta - 27 sept 1872
Quant à la religion, je n'en parle pas. Cela est un domaine en dehors de la politique... Allez dans vos Temples, priez, je ne vous connais pas. Ce que je demande, c'est la liberté égale pour vous et pour moi, pour ma philosophie comme pour votre religion, pour ma liberté de penser comme pour votre liberté de pratiquer. Ne dites donc pas que nous sommes les ennemis de la religion, puisque nous la voulons assurée, libre et inviolable.
Guy Coq-sept 1995
Que Salman Rushdie n'ait pas le droit de se promener sur les boulevards parisiens ou de parler en France dans une réunion publique ; qu'en République tchèque on soit contraint de gommer tout nom sur l'édition, quasi clandestine des versets sataniques, ces faits sont autant de preuves que la démocratie, la laïcité, l'Etat de droit et les libertés sont en train de mourir en Europe, à moins d'un sursaut des amis de la liberté.
Dominique Noguez - 11 déc 2003
La laïcité n'est pas la tolérance. La laïcité est abstention, neutralité, espace sans rien dé
manifesté et qui agresse : il n'y a donc rien à tolérer. Tolérer, c'est autre chose : c'est subir
une agression en faisant comme si on ne la subissait pas.(... ) La laïcité, c'est un espace de
paix où l'on entre sans armes ; la tolérance, c'est lorsque tout le monde a des armes,
généralement légères, mais s'abstient de les utiliser.(...)
Il y a incompatibilité de la laïcité avec la notion de signe religieux ou, plus généralement, de
signe d'appartenance, car que signifient ces signes ? Ils disent aux autres, et d'abord à
l'éducateur : « Trop tard : mon opinion est faite. Vous pourrez toujours essayer de m'en faire
changer, voire simplement de me faire connaître d'autres points de vue ou de me montrer une
autre façon de poser le problème, vous perdrez votre temps. »(...)
Un parallèle est à établir entre le caractère secret des opinions politiques dans les bureaux de
vote (isoloir), qui permet d'éviter les pressions et garantit la liberté de choix.
Henri Pena-Ruiz - 2004
Le clergé d'une religion particulière n'est pas contesté, tant qu'il se contente d'administrer les choses de la foi pour ceux qui lui reconnaissent librement un tel rôle. Mais dès qu'il entend exercer un pouvoir sur l'ensemble des hommes, et capter à son profit la puissance publique ou tenir d'elle des privilèges reconnus, il fait violence à ceux qui ont d'autres options spirituelles, qu'il s'agisse d'une autre religion, d'un humanisme athée ou agnostique.
Jacques Ralite - mars 2005
Je ne suis pas prêt d'abandonner l'idée laïque, mais non laïcarde. C'est ce qu'illustre très bien cette phrase de Marc Bloch que j'ai toujours derrière moi, dans mon bureau : « Quel pauvre cœur que celui qui ne serait pas autorisé à avoir plus d'une tendresse ». La laïcité c'est une forme de tendresse.
jeudi 14 février 2008
Traité de Lisbonne
l’UE n'intervient pas dans le choix de relation Eglise/Etat Nouveauté : elle reconnaît les églises et associations confessionnelles ou non, « leur identité et leur contribution spécifique » au projet européen. Mais reconnaît aussi les associations. Toutes ces entités pourront dialoguer avec les institutions.
Article 16C
1. L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.
2. L'Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.
Article 16C
1. L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.
2. L'Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.
lundi 31 décembre 2007
Pays de L'UE - Historique
1958 : Europe des Six (pays fondateurs)
Allemagne choix de chaque Land ?
Belgique 2
France 3
Italie
Luxembourg
Pays-Bas 2
1973 : Europe des Neuf
Danemark
Irlande
Royaume-Uni mix 1 et 2 ?
1981 : Europe des Dix
Grèce 1
1986 : Europe des Douze
Espagne
Portugal 3
1995 : Europe des Quinze
Autriche 2 ?
Suède
Finlande
2004 : Europe des Vingt-cinq
Chypre
Estonie
Hongrie
Lettonie
Lituanie
Malte
Pologne 3
Slovaquie
Slovénie 3
République tchèque
2007 : Europe des Vingt-sept
Bulgarie
Roumanie
Allemagne choix de chaque Land ?
Belgique 2
France 3
Italie
Luxembourg
Pays-Bas 2
1973 : Europe des Neuf
Danemark
Irlande
Royaume-Uni mix 1 et 2 ?
1981 : Europe des Dix
Grèce 1
1986 : Europe des Douze
Espagne
Portugal 3
1995 : Europe des Quinze
Autriche 2 ?
Suède
Finlande
2004 : Europe des Vingt-cinq
Chypre
Estonie
Hongrie
Lettonie
Lituanie
Malte
Pologne 3
Slovaquie
Slovénie 3
République tchèque
2007 : Europe des Vingt-sept
Bulgarie
Roumanie
Relation Eglise/Etat - Classification
Classification relation Eglise/Etat
1. religion civile :
l'Etat reconnaît une religion particulière garante de lien social et de morale partagée (ex USA)
2. pluralisme
l'Etat reconnaît les principales familles de pensée religieuses ou non qui existent socialement
3. laïcité pure
l'Etat ne veut reconnaître publiquement aucune famille de pensée mais leur assure la liberté
d'exercice dans l'espace privé, (ex France)
1. religion civile :
l'Etat reconnaît une religion particulière garante de lien social et de morale partagée (ex USA)
2. pluralisme
l'Etat reconnaît les principales familles de pensée religieuses ou non qui existent socialement
3. laïcité pure
l'Etat ne veut reconnaître publiquement aucune famille de pensée mais leur assure la liberté
d'exercice dans l'espace privé, (ex France)
Libellés :
13 - Monde,
34 - Classification relation Eglises/Etat
samedi 15 décembre 2007
Laïcité et culture?
« L'engagement du Franc-Maçon peut-il être culturel ? »
(extraits/contribution au sujet : laïcité et culture ?)
« L'engagement ».
Montaigne disait à peu près ceci : s'il est dans la nature de la pensée qu'elle s'engage, cet engagement même ne vaut que dans la mesure où elle reste à tout moment capable de se désengager. Tiendrait-on dans cette formule l'un des credos de la pensée laïque ? peut-être.
Histoire du concept de culture
Ce sont les Lumières qui vont donner au mot culture hérité du latin ses lettres de noblesse, au moment où la philosophie de l'histoire se substitue à la théologie de l'histoire. Et ce terme va passer progressivement
du sens de : formation, éducation de l'esprit
au sens de : caractère distinctif de l'espèce humaine ou somme des savoirs accumulés et transmis par l'humanité, considérée comme totalité, au cours de son histoire.
Les sociologues, ethnologues et anthropologues tenteront au cours des deux ou trois siècles qui suivent de répondre à cette question : quels sont les rapports entre culture collective et personnalité individuelle ?
Au fil du temps, le substantif « culture » invariable à l'origine va s'imposer dans une forme plurielle. A côté de notre culture occidentale se sont développées d'autres cultures dont il est instructif pour la nôtre d'en étudier les caractères, ce que tous ces hommes illustres ont fait. Et même notre culture occidentale présente des variantes, par exemple quand on passe de la France à l'Allemagne. Mais ça, les Français n'ont pas eu besoin de grandes études pour s'en apercevoir très vite.
Des avancées importantes seront réalisées grâce aux travaux de gens comme Louis Dumont, travaux qui s'attachent à étudier aussi bien les différences que les points communs entre cultures. Dumont est un analyste déterminant de notre modernité et de l'individualisme contemporain déjà pointé par Tocqueville chez les Américains, au I9ème siècle.
Mais une véritable révolution du concept de culture se fera à partir des années 60 à travers
celui d'acculturation*.
L'acculturation est un terme qui désigne deux processus
le choc et l'interpénétration des cultures entre elles et aussi
le conflit dans chaque culture de ses évolutions avec ses traditions. A l'évidence, ce qui a provoqué ce type de réflexion c'est la décolonisation, ensuite relayée par l'immigration contemporaine et la cohorte de problèmes induits. L'acculturation n'est pas une assimilation qui verrait disparaître une culture, c'est un transfert progressif d'éléments symboliques ou non de la culture d'accueil vers l'autre. Les transferts dans l'autre sens sont bien sûr aussi observables.
En France le grand théoricien de l'acculturation est Roger Bastide. Ses travaux le conduisent à une vision optimiste de la marginalité culturelle en opposition à la conception pessimiste dominante inspirée par Lévy-Strauss qui, lui, parle plus volontiers de déculturation. Disons, pour simplifier, que Lévy-Strauss s'adresse aux mythes quand Bastide appelle la mémoire collective.
Bastide prend comme exemple les afro-américains qui ont créé des cultures originales et dynamiques.
C'est sous son impulsion qu'on conçoit enfin toute culture comme un composé (au sens de composé chimique); aucune culture n'existant à l'état pur.
Et nous en arrivons enfin au problème culturel majeur de nos sociétés : la promotion du
concept de culture-identité.
Les minorités clament que leurs cultures ont été spoliées par l'acculturation et font la
promotion d'une identité culturelle intouchable.
Ce fantasme de pureté est le plus souvent renforcé par des considérations ethniques et/ou
religieuses.
Longtemps resté tabou en France, c'est néanmoins un problème sérieux car ses conséquences
peuvent être
- grotesques : en réaction, depuis peu, en France, on observe le même mouvement ostentatoire de la culture majoritaire
- dramatiques : on a vu récemment dans l'ex Yougoslavie les dégâts que peuvent causer ces idées d'identité ethnique.
Et bien sûr, des spécialistes de tous horizons ne cessent de se pencher sur les revendications (de ces communautés minoritaires) qui mettent à mal nos sociétés occidentales. Quelle considération, quelle place, quel pouvoir leur accorder dans nos sociétés ?
Et enfin, pour terminer ce tour d'horizon historique, ultime assaut et de grande amplitude qui a mûri sur un demi-siècle au moins : la culture elle-même se voit mise en cause, n'ayant pas permis la sauvegarde de la nature, (cette planche ne s'attachera pas à ce dernier aspect.)
Le paysage culturel de l'Occident
Je n'ai fait que parler du regard que d'éminents esprits ont porté sur la culture, sur les
cultures. C'est certain, ils reflètent un peu le regard de leurs contemporains, ils synthétisent en
quelque sorte la culture de leur époque.
Mais, réellement, comment lire le mouvement général de notre culture, d'ici, depuis ce lieu-ci
et à cet instant ?
Nous avons l'avantage sur ces esprits éminents d'être à même, de notre point de vue, de
contempler le passé d'un paysage qui nous échoit, la culture occidentale, ce qu'on appelle
commodément la modernité.
Alors, quel est ce paysage culturel ?
Il apparaît comme un effort constant, obstiné, mais souvent déchaîné, de l'homme occidental à se défaire des figures imposées par les traditions, à rejeter les rôles attribués par les pouvoirs, pour tendre vers un but personnel, la production de soi.
L'homme occidental n'a plus ni rôle, ni forme, ni figure. Le sujet occidental est donné comme un rapport infini à soi. Il veut penser par lui-même, il veut faire l'expérience de lui-même. Est-on là en présence de l'homme laïque ? peut-être.
C'est cela la modernité. Soyons provocant : l'homme moderne ne croît plus au progrès, ni au sens de l'Histoire. Il ne croît plus à l'unité ni à l'universalité de la raison. D'ailleurs, il ne croît plus, ou au moins, il s'efforce de ne plus croire même si on l'aiguillonne pour l'y forcer. Mais la modernité, ce mouvement d'émancipation culturelle sans précédent, il ne faudrait pas considérer ce mouvement comme dépassé. Il est simplement inachevé. Il le restera d'ailleurs. C'est une tension.
En somme l'homme occidental peut enfin observer la voie où l'a placé l'individu « préhumain » dans son rêve primordial : réussir à s'extraire de la horde pour voler de ses propres ailes, si je puis dire.
C'est un rêve absolu de liberté. Il est évident qu'il ne réunit pas tous les hommes : il y a ceux
qui restent attachés à l'ancienne coutume.
Et ce rêve peut rapprocher les autres mais à la condition que cette voie soit reconnue et cette
quête de liberté assumée par chacun. Et, au seuil du 3ème millénaire, beaucoup, on le voit
autour de nous, beaucoup hésitent à franchir le pas.
Les maux dont nous souffrons témoignent de cette difficulté à gérer cet état, cette subjectivité,
comme disent les philosophes.
Et la réaction que nous voyons se déployer sous nos yeux aujourd'hui en France est peut-être
un projet, très cohérent dans son idéologie, de remise en cause... de notre société.
la Franc-Maçonnerie dans tout cela ?
Conversation entre maçons On pourra me dire :
- Qu'avons-nous à faire de la culture ? notre seul souci, c'est la République, ses valeurs. Je réponds :
- Oui, je sais, l'engagement du Franc-Maçon est d'abord politique. Le culturel... .(geste)
- Non, je veux bien revenir à la culture-identité, ce problème très actuel, mais d'une façon ou d'une autre, on tourne autour de l'identité religieuse, et là n'est-on pas, justement, dans la réflexion maçonnique ? reconnais-le, mon Frère, on tombe pile sur la laïcité et la loi de 1905 que nous avons toujours défendue becs et ongles, loi renforcée en 2004 ; alors, ça ne suffit pas?
- Bien sûr, mais là, on a quelque chose qui dépasse la loi de séparation, cette revendication identitaire, qui va bien au-delà du religieux.
- Excuse-moi, mon Frère, mais la République ne peut être séparée de la notion de citoyenneté. L'immigré, parce qu'il s'agit de lui, doit accepter, vivant en France, d'être citoyen de la République...
- Mais tu ne fais qu'agiter là une notion politique, cette citoyenneté, cette idée d'espace commun, c'est d'abord politique
- Le « vivre ensemble », n'est-ce pas un problème politique ?
- Pas seulement... mais d'abord, conviens donc que cette histoire de citoyenneté c'est une abstraction difficile, hors de portée... des jeunes par exemple
- Et bien, ils l'apprendront au collège
- Tu crois qu'au collège on leur enseigne ?
- Alors, à quoi sert l'instruction publique, d'après toi ?
- Bon, je me suis mal fait comprendre, mon idée c'est que nous ne pouvons pas tout ramener au politique
- Mais c'est ainsi que s'est forgée notre communauté républicaine, sur le politique, nous n'y pouvons rien
- Je vois, ça nous évite de traiter le problème culturel !
- Mais non, il ne s'agit pas de ça : nous utilisons l'outil que l'histoire nous a laissé en héritage : nous avons un modèle exceptionnel pour répondre au problème de l'intégration, le modèle républicain...
- Ah oui, l'exception française... mais ce « modèle » est discutable, d'ailleurs il est loin de fonctionner... beaucoup ne veulent pas en entendre parler, et ceux qui en parlent s'abîment dans des débats interminables, chacun restant généralement sur ses positions... voilà, le modèle n'est plus accepté... naturellement
- On refuse de comprendre tout simplement : ce modèle, héritier de notre histoire, est légitime. Si on ne veut pas l'accepter, alors, imposons-le !
- C'est ça, en créant un ministère de l'identité française, par exemple ? !
A-t-on intérêt à se cantonner à notre bonne et vieille conception de la République Française ?
Au-dessous de ces valeurs essentielles, n'y a-t-il pas la place pour des valeurs secondaires,
celles de la culture ?
Peut-on exiger d'un immigré qu'il adhère sans faille à la notion de citoyenneté quand un
Français sur trois ne se donne pas la peine d'aller aux urnes ?
Peut-on seulement s'arrimer à la loi de séparation des Eglises et de l'Etat pour défendre la
laïcité, alors que la revendication identitaire va bien au-delà de l'identité induite par la
religion ? N'opposer à ces revendications que la loi de 1905, n'est-ce pas le piège qui nous est
tendu : placer au niveau de la symbolique de la République, de ses valeurs, celle des
religions ?
Je me demande si la position de la Franc-Maçonnerie (position, car tout semble figé dans la politique menée pendant ce dernier quart de siècle par le GO), position défensive, est la bonne. Je me demande si nous ne devrions pas au contraire passer à l'offensive.
Donc engagement offensif plutôt qu'attitude défensive, mais de quelle façon ?
Sans revenir sur les ratés du passé, je me demande si nous ne devrions pas dépasser le concept
d'Espace Public, celui où les citoyens confrontent leurs opinions politiques, pour élargir notre
réflexion à la culture laïque, dépassant les cadres politique et religieux où il me semble que
nous nous enfermons.
Ce blocage peut d'ailleurs s'expliquer : la République a émergé du conflit Eglise/Etat et,
depuis, en tant qu'association de libres penseurs, nous nous posons ajuste titre comme les
gardiens de la République ainsi créée et de ses valeurs.
Car la laïcité va en effet bien plus loin : c'est une façon de vivre, de penser, de nouer des
relations avec autrui.
Vivre laïque, c'est vivre une certaine culture, qui, précisons le, dépasse largement les contours
d'une culture que certains nomment française.
Et, n'en déplaise à ceux qui raillent notre prétention universaliste, la culture laïque, c'est une
culture identifiée, expérimentée, authentifiée en France, mais qui se déploie probablement
vers une acception universelle.
Et en cela, la culture laïque ne peut rejoindre l'identité française qui, elle, exhale des relents
nationalistes.
La culture laïque, c'est une culture qui ne s'oppose à aucune autre culture si tant est que cette
dernière respecte les droits de l'Homme.
La culture laïque demande non à être clamée mais à être approfondie dans la réflexion, vécue
dans la discrétion. La culture laïque est paradoxalement une culture de la retenue, de
l'effacement. C'est peut-être ce qui la rend si vulnérable aujourd'hui.
A l'heure actuelle, ne devrait-on pas réactiver une dimension opérative de la Franc-Maçonnerie dans une direction où convergerait le chemin laïque de notre engagement et les routes que prennent les immigrés ?
La base républicaine de notre société ne suffit pas à réunir ces cultures ; le communautarisme est une facilité qu'il nous faut surveiller et rejeter sans désemparer. Au fond de chaque culture est sans doute inscrite son universalité. Nous seuls avons eu l'audace d'exprimer ce que la nôtre portait d'universel. Il ne faut pas en avoir honte. Nous devons croire et contribuer au métissage des cultures en les rapprochant. La Franc-Maçonnerie pourrait-elle être le catalyseur de ce métissage ?
(extraits/contribution au sujet : laïcité et culture ?)
« L'engagement ».
Montaigne disait à peu près ceci : s'il est dans la nature de la pensée qu'elle s'engage, cet engagement même ne vaut que dans la mesure où elle reste à tout moment capable de se désengager. Tiendrait-on dans cette formule l'un des credos de la pensée laïque ? peut-être.
Histoire du concept de culture
Ce sont les Lumières qui vont donner au mot culture hérité du latin ses lettres de noblesse, au moment où la philosophie de l'histoire se substitue à la théologie de l'histoire. Et ce terme va passer progressivement
du sens de : formation, éducation de l'esprit
au sens de : caractère distinctif de l'espèce humaine ou somme des savoirs accumulés et transmis par l'humanité, considérée comme totalité, au cours de son histoire.
Les sociologues, ethnologues et anthropologues tenteront au cours des deux ou trois siècles qui suivent de répondre à cette question : quels sont les rapports entre culture collective et personnalité individuelle ?
Au fil du temps, le substantif « culture » invariable à l'origine va s'imposer dans une forme plurielle. A côté de notre culture occidentale se sont développées d'autres cultures dont il est instructif pour la nôtre d'en étudier les caractères, ce que tous ces hommes illustres ont fait. Et même notre culture occidentale présente des variantes, par exemple quand on passe de la France à l'Allemagne. Mais ça, les Français n'ont pas eu besoin de grandes études pour s'en apercevoir très vite.
Des avancées importantes seront réalisées grâce aux travaux de gens comme Louis Dumont, travaux qui s'attachent à étudier aussi bien les différences que les points communs entre cultures. Dumont est un analyste déterminant de notre modernité et de l'individualisme contemporain déjà pointé par Tocqueville chez les Américains, au I9ème siècle.
Mais une véritable révolution du concept de culture se fera à partir des années 60 à travers
celui d'acculturation*.
L'acculturation est un terme qui désigne deux processus
le choc et l'interpénétration des cultures entre elles et aussi
le conflit dans chaque culture de ses évolutions avec ses traditions. A l'évidence, ce qui a provoqué ce type de réflexion c'est la décolonisation, ensuite relayée par l'immigration contemporaine et la cohorte de problèmes induits. L'acculturation n'est pas une assimilation qui verrait disparaître une culture, c'est un transfert progressif d'éléments symboliques ou non de la culture d'accueil vers l'autre. Les transferts dans l'autre sens sont bien sûr aussi observables.
En France le grand théoricien de l'acculturation est Roger Bastide. Ses travaux le conduisent à une vision optimiste de la marginalité culturelle en opposition à la conception pessimiste dominante inspirée par Lévy-Strauss qui, lui, parle plus volontiers de déculturation. Disons, pour simplifier, que Lévy-Strauss s'adresse aux mythes quand Bastide appelle la mémoire collective.
Bastide prend comme exemple les afro-américains qui ont créé des cultures originales et dynamiques.
C'est sous son impulsion qu'on conçoit enfin toute culture comme un composé (au sens de composé chimique); aucune culture n'existant à l'état pur.
Et nous en arrivons enfin au problème culturel majeur de nos sociétés : la promotion du
concept de culture-identité.
Les minorités clament que leurs cultures ont été spoliées par l'acculturation et font la
promotion d'une identité culturelle intouchable.
Ce fantasme de pureté est le plus souvent renforcé par des considérations ethniques et/ou
religieuses.
Longtemps resté tabou en France, c'est néanmoins un problème sérieux car ses conséquences
peuvent être
- grotesques : en réaction, depuis peu, en France, on observe le même mouvement ostentatoire de la culture majoritaire
- dramatiques : on a vu récemment dans l'ex Yougoslavie les dégâts que peuvent causer ces idées d'identité ethnique.
Et bien sûr, des spécialistes de tous horizons ne cessent de se pencher sur les revendications (de ces communautés minoritaires) qui mettent à mal nos sociétés occidentales. Quelle considération, quelle place, quel pouvoir leur accorder dans nos sociétés ?
Et enfin, pour terminer ce tour d'horizon historique, ultime assaut et de grande amplitude qui a mûri sur un demi-siècle au moins : la culture elle-même se voit mise en cause, n'ayant pas permis la sauvegarde de la nature, (cette planche ne s'attachera pas à ce dernier aspect.)
Le paysage culturel de l'Occident
Je n'ai fait que parler du regard que d'éminents esprits ont porté sur la culture, sur les
cultures. C'est certain, ils reflètent un peu le regard de leurs contemporains, ils synthétisent en
quelque sorte la culture de leur époque.
Mais, réellement, comment lire le mouvement général de notre culture, d'ici, depuis ce lieu-ci
et à cet instant ?
Nous avons l'avantage sur ces esprits éminents d'être à même, de notre point de vue, de
contempler le passé d'un paysage qui nous échoit, la culture occidentale, ce qu'on appelle
commodément la modernité.
Alors, quel est ce paysage culturel ?
Il apparaît comme un effort constant, obstiné, mais souvent déchaîné, de l'homme occidental à se défaire des figures imposées par les traditions, à rejeter les rôles attribués par les pouvoirs, pour tendre vers un but personnel, la production de soi.
L'homme occidental n'a plus ni rôle, ni forme, ni figure. Le sujet occidental est donné comme un rapport infini à soi. Il veut penser par lui-même, il veut faire l'expérience de lui-même. Est-on là en présence de l'homme laïque ? peut-être.
C'est cela la modernité. Soyons provocant : l'homme moderne ne croît plus au progrès, ni au sens de l'Histoire. Il ne croît plus à l'unité ni à l'universalité de la raison. D'ailleurs, il ne croît plus, ou au moins, il s'efforce de ne plus croire même si on l'aiguillonne pour l'y forcer. Mais la modernité, ce mouvement d'émancipation culturelle sans précédent, il ne faudrait pas considérer ce mouvement comme dépassé. Il est simplement inachevé. Il le restera d'ailleurs. C'est une tension.
En somme l'homme occidental peut enfin observer la voie où l'a placé l'individu « préhumain » dans son rêve primordial : réussir à s'extraire de la horde pour voler de ses propres ailes, si je puis dire.
C'est un rêve absolu de liberté. Il est évident qu'il ne réunit pas tous les hommes : il y a ceux
qui restent attachés à l'ancienne coutume.
Et ce rêve peut rapprocher les autres mais à la condition que cette voie soit reconnue et cette
quête de liberté assumée par chacun. Et, au seuil du 3ème millénaire, beaucoup, on le voit
autour de nous, beaucoup hésitent à franchir le pas.
Les maux dont nous souffrons témoignent de cette difficulté à gérer cet état, cette subjectivité,
comme disent les philosophes.
Et la réaction que nous voyons se déployer sous nos yeux aujourd'hui en France est peut-être
un projet, très cohérent dans son idéologie, de remise en cause... de notre société.
la Franc-Maçonnerie dans tout cela ?
Conversation entre maçons On pourra me dire :
- Qu'avons-nous à faire de la culture ? notre seul souci, c'est la République, ses valeurs. Je réponds :
- Oui, je sais, l'engagement du Franc-Maçon est d'abord politique. Le culturel... .(geste)
- Non, je veux bien revenir à la culture-identité, ce problème très actuel, mais d'une façon ou d'une autre, on tourne autour de l'identité religieuse, et là n'est-on pas, justement, dans la réflexion maçonnique ? reconnais-le, mon Frère, on tombe pile sur la laïcité et la loi de 1905 que nous avons toujours défendue becs et ongles, loi renforcée en 2004 ; alors, ça ne suffit pas?
- Bien sûr, mais là, on a quelque chose qui dépasse la loi de séparation, cette revendication identitaire, qui va bien au-delà du religieux.
- Excuse-moi, mon Frère, mais la République ne peut être séparée de la notion de citoyenneté. L'immigré, parce qu'il s'agit de lui, doit accepter, vivant en France, d'être citoyen de la République...
- Mais tu ne fais qu'agiter là une notion politique, cette citoyenneté, cette idée d'espace commun, c'est d'abord politique
- Le « vivre ensemble », n'est-ce pas un problème politique ?
- Pas seulement... mais d'abord, conviens donc que cette histoire de citoyenneté c'est une abstraction difficile, hors de portée... des jeunes par exemple
- Et bien, ils l'apprendront au collège
- Tu crois qu'au collège on leur enseigne ?
- Alors, à quoi sert l'instruction publique, d'après toi ?
- Bon, je me suis mal fait comprendre, mon idée c'est que nous ne pouvons pas tout ramener au politique
- Mais c'est ainsi que s'est forgée notre communauté républicaine, sur le politique, nous n'y pouvons rien
- Je vois, ça nous évite de traiter le problème culturel !
- Mais non, il ne s'agit pas de ça : nous utilisons l'outil que l'histoire nous a laissé en héritage : nous avons un modèle exceptionnel pour répondre au problème de l'intégration, le modèle républicain...
- Ah oui, l'exception française... mais ce « modèle » est discutable, d'ailleurs il est loin de fonctionner... beaucoup ne veulent pas en entendre parler, et ceux qui en parlent s'abîment dans des débats interminables, chacun restant généralement sur ses positions... voilà, le modèle n'est plus accepté... naturellement
- On refuse de comprendre tout simplement : ce modèle, héritier de notre histoire, est légitime. Si on ne veut pas l'accepter, alors, imposons-le !
- C'est ça, en créant un ministère de l'identité française, par exemple ? !
A-t-on intérêt à se cantonner à notre bonne et vieille conception de la République Française ?
Au-dessous de ces valeurs essentielles, n'y a-t-il pas la place pour des valeurs secondaires,
celles de la culture ?
Peut-on exiger d'un immigré qu'il adhère sans faille à la notion de citoyenneté quand un
Français sur trois ne se donne pas la peine d'aller aux urnes ?
Peut-on seulement s'arrimer à la loi de séparation des Eglises et de l'Etat pour défendre la
laïcité, alors que la revendication identitaire va bien au-delà de l'identité induite par la
religion ? N'opposer à ces revendications que la loi de 1905, n'est-ce pas le piège qui nous est
tendu : placer au niveau de la symbolique de la République, de ses valeurs, celle des
religions ?
Je me demande si la position de la Franc-Maçonnerie (position, car tout semble figé dans la politique menée pendant ce dernier quart de siècle par le GO), position défensive, est la bonne. Je me demande si nous ne devrions pas au contraire passer à l'offensive.
Donc engagement offensif plutôt qu'attitude défensive, mais de quelle façon ?
Sans revenir sur les ratés du passé, je me demande si nous ne devrions pas dépasser le concept
d'Espace Public, celui où les citoyens confrontent leurs opinions politiques, pour élargir notre
réflexion à la culture laïque, dépassant les cadres politique et religieux où il me semble que
nous nous enfermons.
Ce blocage peut d'ailleurs s'expliquer : la République a émergé du conflit Eglise/Etat et,
depuis, en tant qu'association de libres penseurs, nous nous posons ajuste titre comme les
gardiens de la République ainsi créée et de ses valeurs.
Car la laïcité va en effet bien plus loin : c'est une façon de vivre, de penser, de nouer des
relations avec autrui.
Vivre laïque, c'est vivre une certaine culture, qui, précisons le, dépasse largement les contours
d'une culture que certains nomment française.
Et, n'en déplaise à ceux qui raillent notre prétention universaliste, la culture laïque, c'est une
culture identifiée, expérimentée, authentifiée en France, mais qui se déploie probablement
vers une acception universelle.
Et en cela, la culture laïque ne peut rejoindre l'identité française qui, elle, exhale des relents
nationalistes.
La culture laïque, c'est une culture qui ne s'oppose à aucune autre culture si tant est que cette
dernière respecte les droits de l'Homme.
La culture laïque demande non à être clamée mais à être approfondie dans la réflexion, vécue
dans la discrétion. La culture laïque est paradoxalement une culture de la retenue, de
l'effacement. C'est peut-être ce qui la rend si vulnérable aujourd'hui.
A l'heure actuelle, ne devrait-on pas réactiver une dimension opérative de la Franc-Maçonnerie dans une direction où convergerait le chemin laïque de notre engagement et les routes que prennent les immigrés ?
La base républicaine de notre société ne suffit pas à réunir ces cultures ; le communautarisme est une facilité qu'il nous faut surveiller et rejeter sans désemparer. Au fond de chaque culture est sans doute inscrite son universalité. Nous seuls avons eu l'audace d'exprimer ce que la nôtre portait d'universel. Il ne faut pas en avoir honte. Nous devons croire et contribuer au métissage des cultures en les rapprochant. La Franc-Maçonnerie pourrait-elle être le catalyseur de ce métissage ?
mardi 28 février 2006
Pourcentage de personnes se déclarant athées convaincus en 1999
Le Monde des Religions
janvier-février 2006
Ex-Allemagne de l'Est 18%
France 14%
Belgique 8%
Russie 8%
Espagne 6%
Suisse 6%
Suède 6%
Tchéquie 6%
Bulgarie 6%
Pays-Bas 6%
Danemark 5%
Hongrie 5%
Grande-Bretagne 4%
Ex-Allemagne de l'Ouest 4%
Slovaquie 4%
Portugal 3%
Italie 3%
Ukraine 3%
Autriche 2%
Irlande 2%
Pologne 1%
Lituanie 1%
Roumanie 1%
janvier-février 2006
Ex-Allemagne de l'Est 18%
France 14%
Belgique 8%
Russie 8%
Espagne 6%
Suisse 6%
Suède 6%
Tchéquie 6%
Bulgarie 6%
Pays-Bas 6%
Danemark 5%
Hongrie 5%
Grande-Bretagne 4%
Ex-Allemagne de l'Ouest 4%
Slovaquie 4%
Portugal 3%
Italie 3%
Ukraine 3%
Autriche 2%
Irlande 2%
Pologne 1%
Lituanie 1%
Roumanie 1%
mercredi 30 juin 2004
La liberté d'opinion - Pierre Dazord
La discussion sur la liberté ressurgit à propos de libertés particulières ainsi la liberté d'opinion (article 10) 2l. Une grande partie de la discussion tourna autour de la liberté religieuse, clé la tolérance des non-catholiques et de la liberté de culte. Les premières rédactions proposées pour le futur article 10 furent combattues par le comte de Castellane car « [on ne faisait pas] une loi sur la religion puisque [l'on faisait] une déclaration des droits *. Ce qu'il fallait c'était énoncer « le plus sacré de tous les droits, celui de la liberté des opinions religieuses » n, A ceux qui recherchaient l'appui de l'État à la religion, Laborde répondit : « j'avoue que je suis affligé de voir les chrétiens invoquer l'autorité civile pour une religion qui ne doit se maintenir que par la pureté de sa doctrine » a. Deux hommes dominèrent le débat, le comte de Mirabeau et le député de Nîmes, issu d'une vieille famille protestante, Rabaut Saint-Etienne. D'emblée, le 22 Août, Mirabeau s'inscrivit en rupture avec l'édit de 1787 de tolérance des non-catholiques. «Je ne viens pas prêcher la tolérance. La liberté la plus illimitée de religion est à mes yeux un droit si sacré, que le mot tolérance, qui essaye de l'exprimer, me paraît en quelque sorte tyrannique lui-même, puisque l'existence de l'autorité qui a le pouvoir de tolérer attente à la liberté de penser, par cela même qu'elle tolère, et qu'ainsi elle pourrait ne pas tolérer »24. Le lendemain Rabaut Saint-Etienne lui fit écho : «Je ne fais pas [à la nation française] l'injustice de penser qu'elle puisse prononcer le mot d'intolérance ; il est banni de notre langue... Mais, Messieurs, ce n'est pas même la tolérance que je réclame : c'est la liberté. La tolérance! le support! le pardon! la clémence! idées souverainement injustes envers les dissidents, tant il sera vrai que la différence de religion, que la différence d'opinion n'est pas un crime. La tolérance! je demande qu'il soit proscrit à son tour; et il le sera ce mot injuste... • K et il demanda l'égalité en droits pour tous, citant explicitement les protestants et les juifs. « L'intolérance d'orgueil et de domination a, durant près de 15 siècles fait couler des torrents de sang » mais, poursuivit-il, aujourd'hui - ma patrie est libre, et je veux oublier comme elle, et les maux que nous avons partagés avec elle, et les maux plus grands encore, dont nous avons été les seules victimes »26.
En conclusion, rappelant que le culte est nécessairement une manifestation commune à plusieurs croyants, le culte d'un seul étant une prière, il souligna que l'idée d'un culte est un article de foi, une opinion religieuse, qui relève de la libertéd'opinion. Ce faisant il rejoignait Mirabeau demandant « deprononcer hautement la liberté religieuse » 27 et de veiller à cequ'aucun culte ne trouble l'ordre public 28 en rejetant la rédaction initialement proposée, l'Assemblée refusait de donner la priorité aux cultes et de se préoccuper de leur définition, de leur organisation, de leur protection et de leur défense éventuelles, pour donner la priorité absolue aux opinionsreligieuses et à leur liberté avec toutes les conséquences quececi impliquait au plan du culte. Ainsi, dès le 23 Août, l'Assemblée rompait totalement avec la logique du régimeantérieur (de droit divin) d'organisation et de protection ducatholicisme avec une timide ouverture vers le protestantisme, en adoptant l'article 10 : « Nul ne doit être inquiété pourses opinions même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public », qui consacrait troischoses : Toutes les opinions sont libres et en particulier lesopinions religieuses autre que la dominante ne sont pas uncrime, les opinions religieuses n'ont aucun statut particulierqui leur serait conféré par leur références transcendantales ce qu'exprime l'adverbe même 29, et, rentrant dans le droit commun, la seule chose qui leur est demandée ainsi qu'à toute opinion, c'est que leur manifestation respecte les droits del'homme et du citoyen.
En conclusion, rappelant que le culte est nécessairement une manifestation commune à plusieurs croyants, le culte d'un seul étant une prière, il souligna que l'idée d'un culte est un article de foi, une opinion religieuse, qui relève de la libertéd'opinion. Ce faisant il rejoignait Mirabeau demandant « deprononcer hautement la liberté religieuse » 27 et de veiller à cequ'aucun culte ne trouble l'ordre public 28 en rejetant la rédaction initialement proposée, l'Assemblée refusait de donner la priorité aux cultes et de se préoccuper de leur définition, de leur organisation, de leur protection et de leur défense éventuelles, pour donner la priorité absolue aux opinionsreligieuses et à leur liberté avec toutes les conséquences quececi impliquait au plan du culte. Ainsi, dès le 23 Août, l'Assemblée rompait totalement avec la logique du régimeantérieur (de droit divin) d'organisation et de protection ducatholicisme avec une timide ouverture vers le protestantisme, en adoptant l'article 10 : « Nul ne doit être inquiété pourses opinions même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public », qui consacrait troischoses : Toutes les opinions sont libres et en particulier lesopinions religieuses autre que la dominante ne sont pas uncrime, les opinions religieuses n'ont aucun statut particulierqui leur serait conféré par leur références transcendantales ce qu'exprime l'adverbe même 29, et, rentrant dans le droit commun, la seule chose qui leur est demandée ainsi qu'à toute opinion, c'est que leur manifestation respecte les droits del'homme et du citoyen.
"Actualité des fondements philosophiques de l'idée laïque"
Actes du colloque de l'Union Rationaliste : "Une laïcité pour l'avenir" publiés par "Raison présente".
Déconstruire le symbolique
Jean Baubérot
Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes
Avec nos bâtons bien lisses, nous vivons une crise de la réussite. Nous avons, sans le savoir (et c'est cela le plus grave : cette perte ou ce refus de savoir), socialement perdu le sens du symbolique, et même, de façon générale, de la représentation. Or le symbolique constitue un lien entre la réalité que nous voyons et celle qui nous échappe. Dans le symbole, il existe une réalité empirique, constatable de façon évidente (le bâton). Mais ce bâton prend de l'importance parce que les petits détails formés par ses aspérités ne sont pas sans signification. Son sens, sa représentation, déborde sa réalité empirique, il constitue une abréviation, une condensation de toute une histoire, et renvoie donc à autre chose qu'à son empirie constatable par tout un chacun. Il faut savoir décrypter sa signification.
Ainsi, il est capable de créer du lien ou du conflit par delà le temps et l'espace. Mais s'il n'existe que des bâtons rabotés, tous formatés à l'identique ou selon des critères en apparence fonctionnels, alors la réussite matérielle de la société se double d'une faillite symbolique. Nous parlons toujours clé « contrat social », mais comme il ne s'agit pas d'une ! réalité empiriquement constatable, l'expression a perdu sa ! force, et même elle ne fait plus sens. Il se produit une crise du lien. Loin de produire une société apaisée, le flottement généralisé du sens, son instrumentaUsatton par la sphère marchande, s'avère boomerang. Tout un pan de ce qui se passe apparaît incompréhensible. Les fondamentalistes religieux prospèrent car la société globale elle-même est une société qui raisonne au premier degré. Elle est, du coup, englobée par des structures symboliques qu'elle ignore, qu'elle ne sait pas décrypter. Elle ne maîtrise pas la dialectique du lien et du conflit. Et ce refus d'une intelligence du symbolique n'est pas neutre : une démarche d'objectivation nécessite d'affronter, comme l'indique Max Weber, des « faits désagréables », elle implique une autoanalyse, une remise en question.
En effet, notre bout de bâton établit un clivage entre frères, alliés et inconnus, adversaires potentiels. Et c'est ainsi que souvent fonctionnent des symboles religieux et non religieux : que l'on pense à la bataille pour donner à l'Europe le bâton d'un « héritage chrétien»
qui aurait relégué définitivement la Turquie musulmane...et laïque dans les ténèbres extérieurs, que l'on pense au drapeau, et, dans la France d'aujourd'hui, au bâton du prénom ou de la couleur de la peau pour obtenir un emploi ou un logement. Et il faudrait là parler longuement du problème de la « religion civile - républicaine qui a eu aussi historiquement ses exclus : les femmes qui ne pouvaient avoir le droit de vote parce qu'elles étaient, soi-disant, « sous la dépendance du curé », les musulmans d'Algérie qui n'avaient pas droit à la citoyenneté parce qu'ils étaient censés ne pas partager la « profession de foi civile » (Claude Nicolet, citant implicitement Jean-Jacques Rousseau) républicaine. Aucune religion, qu'elle soit religieuse ou séculière ne ressort indemne de l'analyse du symbolique. Aucune ne sort indemne de la transgression de la domination symbolique que représente un enseignement laïque des religions, dont le but est, précisément, de permettre à ceux qui sont extérieurs à telle ou telle conviction d'en avoir des clefs culturelles, des possibilités d'analyse. Il s'agit d'être capable de déconstruire le symbolique, sans le détruire pour autant, car adhésion ou refus restent affaire de choix personnel, de pratique sociale de la liberté de conscience.
Cette mutation épistémologique n'a-t-elle pas à voir avec la démocratie et la laïcité? L'autre est un autre nous-même. Il ne doit pas être considéré comme un ennemi, il ne doit pas être, au sens strict du terme, un in-connu. Ainsi des bâtons peuvent avoir des arêtes sans que leur non emboîtement soit une quasi-déclaration de guerre. Ainsi il existe des « dedans » et des « dehors » - sinon gare à la logique déshumanisante de l'équivalence généralisée - tout en ouvrant largement portes et fenêtres, en pratiquant l'accueil de l'autre, y compris en l'invitant chez soi. (…)
Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes
Avec nos bâtons bien lisses, nous vivons une crise de la réussite. Nous avons, sans le savoir (et c'est cela le plus grave : cette perte ou ce refus de savoir), socialement perdu le sens du symbolique, et même, de façon générale, de la représentation. Or le symbolique constitue un lien entre la réalité que nous voyons et celle qui nous échappe. Dans le symbole, il existe une réalité empirique, constatable de façon évidente (le bâton). Mais ce bâton prend de l'importance parce que les petits détails formés par ses aspérités ne sont pas sans signification. Son sens, sa représentation, déborde sa réalité empirique, il constitue une abréviation, une condensation de toute une histoire, et renvoie donc à autre chose qu'à son empirie constatable par tout un chacun. Il faut savoir décrypter sa signification.
Ainsi, il est capable de créer du lien ou du conflit par delà le temps et l'espace. Mais s'il n'existe que des bâtons rabotés, tous formatés à l'identique ou selon des critères en apparence fonctionnels, alors la réussite matérielle de la société se double d'une faillite symbolique. Nous parlons toujours clé « contrat social », mais comme il ne s'agit pas d'une ! réalité empiriquement constatable, l'expression a perdu sa ! force, et même elle ne fait plus sens. Il se produit une crise du lien. Loin de produire une société apaisée, le flottement généralisé du sens, son instrumentaUsatton par la sphère marchande, s'avère boomerang. Tout un pan de ce qui se passe apparaît incompréhensible. Les fondamentalistes religieux prospèrent car la société globale elle-même est une société qui raisonne au premier degré. Elle est, du coup, englobée par des structures symboliques qu'elle ignore, qu'elle ne sait pas décrypter. Elle ne maîtrise pas la dialectique du lien et du conflit. Et ce refus d'une intelligence du symbolique n'est pas neutre : une démarche d'objectivation nécessite d'affronter, comme l'indique Max Weber, des « faits désagréables », elle implique une autoanalyse, une remise en question.
En effet, notre bout de bâton établit un clivage entre frères, alliés et inconnus, adversaires potentiels. Et c'est ainsi que souvent fonctionnent des symboles religieux et non religieux : que l'on pense à la bataille pour donner à l'Europe le bâton d'un « héritage chrétien»
qui aurait relégué définitivement la Turquie musulmane...et laïque dans les ténèbres extérieurs, que l'on pense au drapeau, et, dans la France d'aujourd'hui, au bâton du prénom ou de la couleur de la peau pour obtenir un emploi ou un logement. Et il faudrait là parler longuement du problème de la « religion civile - républicaine qui a eu aussi historiquement ses exclus : les femmes qui ne pouvaient avoir le droit de vote parce qu'elles étaient, soi-disant, « sous la dépendance du curé », les musulmans d'Algérie qui n'avaient pas droit à la citoyenneté parce qu'ils étaient censés ne pas partager la « profession de foi civile » (Claude Nicolet, citant implicitement Jean-Jacques Rousseau) républicaine. Aucune religion, qu'elle soit religieuse ou séculière ne ressort indemne de l'analyse du symbolique. Aucune ne sort indemne de la transgression de la domination symbolique que représente un enseignement laïque des religions, dont le but est, précisément, de permettre à ceux qui sont extérieurs à telle ou telle conviction d'en avoir des clefs culturelles, des possibilités d'analyse. Il s'agit d'être capable de déconstruire le symbolique, sans le détruire pour autant, car adhésion ou refus restent affaire de choix personnel, de pratique sociale de la liberté de conscience.
Cette mutation épistémologique n'a-t-elle pas à voir avec la démocratie et la laïcité? L'autre est un autre nous-même. Il ne doit pas être considéré comme un ennemi, il ne doit pas être, au sens strict du terme, un in-connu. Ainsi des bâtons peuvent avoir des arêtes sans que leur non emboîtement soit une quasi-déclaration de guerre. Ainsi il existe des « dedans » et des « dehors » - sinon gare à la logique déshumanisante de l'équivalence généralisée - tout en ouvrant largement portes et fenêtres, en pratiquant l'accueil de l'autre, y compris en l'invitant chez soi. (…)
La laïcité dans le monde - M Chemillier-Gendreau
Monique Chemillier-Gendreau
Professeur à l'université Paris VII, membre de l'Union rationaliste
Source : Raison présente - "Une laïcité pour l'avenir" - N° 149-150
La question de la laïcité dans le monde mérite une réflexion spécifique car la problématique de la laïcité dans l'espace universel est différente de celle que nous connaissons dans un pays comme la France ou à l'échelle européenne. Le niveau de gravité n'est pas identique, non plus que les termes du débat. En effet, en Europe, même dans les États qui n'affichent pas la laïcité comme principe constitutionnel ou dont les chefs d'État ont des fonctions religieuses, il y a un niveau de sécularisation du pouvoir suite à une longue histoire qui a commencé vers le xr ou xir siècles et qu'aucune autre région du monde n'a connu de la même façon.
Cette histoire a été celle des Deux corps du roi » (selon l'intitulé de l'ouvrage d'Ernst Kantorowicz, Gallimard. 1957) à travers laquelle le corps politique du souverain s'est trouvé soumis aux formes émergentes de constitutionnalisme, première expression de ce que l'on nomme aujourd'hui l'État de droit. Et l'invocation de l'origine divine du pouvoir n'a pas empêché la montée en puissance des légistes royaux ouvrant le sillon des premières formes (très limitées il est vrai dans la première période) de sécularisation. L'Église a résisté comme en a témoigné la « Querelle des investitures », mais une certaine sécularisation du pouvoir a cependant poursuivi sa route.
Cette histoire est étrangère aux autres continents et le mimétisme constitutionnel qui a fleuri dans certains États, notamment ceux du Proche Orient ou de l'Afrique sub-saha-rienne après la décolonisation, a exporté une sécularisation en trompe l'œil. Celle-ci s'est heurtée à un obstacle fondamental : en effet, cantonner le concept de religion en dehors du pouvoir temporel, conquête difficile et fragile de certaines sociétés chrétiennes, n'est pas compatible avec les fondements de l'islamisme ou du judaïsme.
On peut donc affirmer qu'il n'y a pas de laïcité dans lemonde et mon sujet serait alors un non sujet. Paradoxalement,je vais m'y attarder cependant et développer ici trois séries de considérations : les premières pour prendre la mesure de cetteabsence de laïcité ; les secondes, pour montrer comment unmonde sans une laïcité bien comprise est un monde vouéimmanquablement à la destruction par des guerres incessantesi et sans merci; les troisièmes, enfin, pour relever toutes les incertitudes qui pèsent sur le contenu de la laïcité et les conditions non remplies pour en faire un concept universel. Il restedonc un important travail à mener pour convaincre du caractère impérativement universel de la laïcité.\ La laïcité est un concept inconnu dans le monde. Il est; inconnu à deux échelons : celui des États eux-mêmes et celuides relations entre les États. (_---)
Nous avons besoin désormais de l'affirmation d'un principe de laïcité dans le champ international pour deux raisons : comme une règle supérieure aux États et s'imposant à eux en sorte qu'un État ne pourrait plus pratiquer de discriminations entre ses citoyens sur des bases religieuses ou de convictions quelles qu'elles soient. Nous avons vu que les textes qui existent sont très insuffisants et du point de vue de la clarté sur les principes et en force contraignante. Mais nous aurions besoin aussi d'un principe de laïcité mondiale pour présider aux relations entre États et aussi à ces relations nouvelles constitutives de la mondialisation qui sont des relations transnationales. Celles-ci sont le fait des acteurs sociaux très diversifiés qui caractérisent l'époque contemporaine : ONG, acteurs financiers, groupes de pression divers. Ils ont tous une action désormais transfrontière et sont dans beaucoup de situations marqués d'une appartenance religieuse quand ils ne sont pas des sous-marins des Églises. Il est vrai que parmi les élites gouvernantes de ces groupes, il y a souvent des personnes éclairées (pas toujours), mais le fanatisme et l'aveuglement l'emportent fréquemment à la base et l'on en arrive à la situation extrêmement explosive qui est la nôtre. Dans le monde entier, les affrontements entre États ou à l'intérieur des États sont mêlés d'antagonismes religieux.
La question de la laïcité est liée à celle de la communauté politique, qu'il s'agisse des communautés politiques nationales constitutives des États modernes ou de la nécessité d'une communauté politique universelle encore toute entière à venir en dépit de l'urgence où nous sommes de la constituer. Le problème est le même quelle que soit l'échelle de la communauté politique en jeu.
Dans les difficultés à vouloir constituer cette utopie d'un monde pacifié à travers un droit fondé sur la raison, il y a celle qui tient aux ambitions temporelles des grandes religions. Celle qui agite le plus les cénacles actuellement est l'islam. Tout simplement parce que c'est celle qui affiche officiellement la soumission de la loi temporelle à la loi divine. Ce qui est inquiétant, c'est qu'il n'y ait pas vraiment dans le monde de la pensée arabe contemporaine, de mouvement intellectuel capable d'entraîner cette sphère de la planète vers un réel mouvement de séparation du pouvoir temporel et du pouvoir religieux. Il semble que le travail des philosophes ou politologues arabes s'oriente plutôt pour le moment vers la recherche d'un travail de synthèse de la croyance et de la raison, mais non d'indépendance de la raison. ^
Une dernière série de remarques permet de pointer les plus graves difficultés. Pour prôner la laïcité dans le monde, il faut des arguments. L'argument principal est qu'il y a là une condition incontournable de la réalisation de la démocratie. Les quelques pays qui se prévalent d'une sécularisation du pouvoir et de l'exercice de la démocratie sont aujourd'hui enfoncés sur ces deux terrains dans des contradictions régressives qu'il est impossible d'ignorer. La remarque est valable pour l'Europe, mais elle l'est principalement à l'échelle mondiale.
L'universalisme s'accomplit actuelle-1 ment par le marché qui déborde et affaiblit les États. Il enrésulte de violentes inégalités qui entraînent une remontéedes croyances les plus aveugles et les plus fanatiques. Il est vrai que les croyances se développent lorsque les sociétésI ont peur. Or, les sociétés prises dans le mouvement de la; mondialisation ont bien des motifs d'avoir peur, placéescomme elles le sont devant les menaces que représentent leschangements climatiques ou le développement des armes oui de l'industrie nucléaire. Il faut répondre à ces peurs par la raison. Or, les pays les plus avancés dans le domaine scientifique ne sont pas ceux dont les gouvernements sont les plusrassurants, ni les plus raisonnables. Et ils ne tirent pas. loin delà, les conséquences politiques rationnelles des données dela science. Alors que les périls sont universels, les replis sont\ communautaires et fondés sur des croyances qui en se dressant les unes contre les autres augmentent les menaces.; La crise de l'ONU liquide l'espérance de 1945, celle de! la création d'un lieu de solution des conflits à l'échelle inter- nationale. N'ayant ni la culture mondiale de la laïcité quiserait nécessaire, ni les institutions démocratiques permettantd'équilibrer les pouvoirs à l'échelle internationale, la société internationale n'a aucun outil de régulation de la violence,alors que le système économique élargit chaque jour lesinégalités. Ainsi la montée des violences dont nous sommesles témoins n'a-t-elle pas lieu de nous étonner
Professeur à l'université Paris VII, membre de l'Union rationaliste
Source : Raison présente - "Une laïcité pour l'avenir" - N° 149-150
La question de la laïcité dans le monde mérite une réflexion spécifique car la problématique de la laïcité dans l'espace universel est différente de celle que nous connaissons dans un pays comme la France ou à l'échelle européenne. Le niveau de gravité n'est pas identique, non plus que les termes du débat. En effet, en Europe, même dans les États qui n'affichent pas la laïcité comme principe constitutionnel ou dont les chefs d'État ont des fonctions religieuses, il y a un niveau de sécularisation du pouvoir suite à une longue histoire qui a commencé vers le xr ou xir siècles et qu'aucune autre région du monde n'a connu de la même façon.
Cette histoire a été celle des Deux corps du roi » (selon l'intitulé de l'ouvrage d'Ernst Kantorowicz, Gallimard. 1957) à travers laquelle le corps politique du souverain s'est trouvé soumis aux formes émergentes de constitutionnalisme, première expression de ce que l'on nomme aujourd'hui l'État de droit. Et l'invocation de l'origine divine du pouvoir n'a pas empêché la montée en puissance des légistes royaux ouvrant le sillon des premières formes (très limitées il est vrai dans la première période) de sécularisation. L'Église a résisté comme en a témoigné la « Querelle des investitures », mais une certaine sécularisation du pouvoir a cependant poursuivi sa route.
Cette histoire est étrangère aux autres continents et le mimétisme constitutionnel qui a fleuri dans certains États, notamment ceux du Proche Orient ou de l'Afrique sub-saha-rienne après la décolonisation, a exporté une sécularisation en trompe l'œil. Celle-ci s'est heurtée à un obstacle fondamental : en effet, cantonner le concept de religion en dehors du pouvoir temporel, conquête difficile et fragile de certaines sociétés chrétiennes, n'est pas compatible avec les fondements de l'islamisme ou du judaïsme.
On peut donc affirmer qu'il n'y a pas de laïcité dans lemonde et mon sujet serait alors un non sujet. Paradoxalement,je vais m'y attarder cependant et développer ici trois séries de considérations : les premières pour prendre la mesure de cetteabsence de laïcité ; les secondes, pour montrer comment unmonde sans une laïcité bien comprise est un monde vouéimmanquablement à la destruction par des guerres incessantesi et sans merci; les troisièmes, enfin, pour relever toutes les incertitudes qui pèsent sur le contenu de la laïcité et les conditions non remplies pour en faire un concept universel. Il restedonc un important travail à mener pour convaincre du caractère impérativement universel de la laïcité.\ La laïcité est un concept inconnu dans le monde. Il est; inconnu à deux échelons : celui des États eux-mêmes et celuides relations entre les États. (_---)
Nous avons besoin désormais de l'affirmation d'un principe de laïcité dans le champ international pour deux raisons : comme une règle supérieure aux États et s'imposant à eux en sorte qu'un État ne pourrait plus pratiquer de discriminations entre ses citoyens sur des bases religieuses ou de convictions quelles qu'elles soient. Nous avons vu que les textes qui existent sont très insuffisants et du point de vue de la clarté sur les principes et en force contraignante. Mais nous aurions besoin aussi d'un principe de laïcité mondiale pour présider aux relations entre États et aussi à ces relations nouvelles constitutives de la mondialisation qui sont des relations transnationales. Celles-ci sont le fait des acteurs sociaux très diversifiés qui caractérisent l'époque contemporaine : ONG, acteurs financiers, groupes de pression divers. Ils ont tous une action désormais transfrontière et sont dans beaucoup de situations marqués d'une appartenance religieuse quand ils ne sont pas des sous-marins des Églises. Il est vrai que parmi les élites gouvernantes de ces groupes, il y a souvent des personnes éclairées (pas toujours), mais le fanatisme et l'aveuglement l'emportent fréquemment à la base et l'on en arrive à la situation extrêmement explosive qui est la nôtre. Dans le monde entier, les affrontements entre États ou à l'intérieur des États sont mêlés d'antagonismes religieux.
La question de la laïcité est liée à celle de la communauté politique, qu'il s'agisse des communautés politiques nationales constitutives des États modernes ou de la nécessité d'une communauté politique universelle encore toute entière à venir en dépit de l'urgence où nous sommes de la constituer. Le problème est le même quelle que soit l'échelle de la communauté politique en jeu.
Dans les difficultés à vouloir constituer cette utopie d'un monde pacifié à travers un droit fondé sur la raison, il y a celle qui tient aux ambitions temporelles des grandes religions. Celle qui agite le plus les cénacles actuellement est l'islam. Tout simplement parce que c'est celle qui affiche officiellement la soumission de la loi temporelle à la loi divine. Ce qui est inquiétant, c'est qu'il n'y ait pas vraiment dans le monde de la pensée arabe contemporaine, de mouvement intellectuel capable d'entraîner cette sphère de la planète vers un réel mouvement de séparation du pouvoir temporel et du pouvoir religieux. Il semble que le travail des philosophes ou politologues arabes s'oriente plutôt pour le moment vers la recherche d'un travail de synthèse de la croyance et de la raison, mais non d'indépendance de la raison. ^
Une dernière série de remarques permet de pointer les plus graves difficultés. Pour prôner la laïcité dans le monde, il faut des arguments. L'argument principal est qu'il y a là une condition incontournable de la réalisation de la démocratie. Les quelques pays qui se prévalent d'une sécularisation du pouvoir et de l'exercice de la démocratie sont aujourd'hui enfoncés sur ces deux terrains dans des contradictions régressives qu'il est impossible d'ignorer. La remarque est valable pour l'Europe, mais elle l'est principalement à l'échelle mondiale.
L'universalisme s'accomplit actuelle-1 ment par le marché qui déborde et affaiblit les États. Il enrésulte de violentes inégalités qui entraînent une remontéedes croyances les plus aveugles et les plus fanatiques. Il est vrai que les croyances se développent lorsque les sociétésI ont peur. Or, les sociétés prises dans le mouvement de la; mondialisation ont bien des motifs d'avoir peur, placéescomme elles le sont devant les menaces que représentent leschangements climatiques ou le développement des armes oui de l'industrie nucléaire. Il faut répondre à ces peurs par la raison. Or, les pays les plus avancés dans le domaine scientifique ne sont pas ceux dont les gouvernements sont les plusrassurants, ni les plus raisonnables. Et ils ne tirent pas. loin delà, les conséquences politiques rationnelles des données dela science. Alors que les périls sont universels, les replis sont\ communautaires et fondés sur des croyances qui en se dressant les unes contre les autres augmentent les menaces.; La crise de l'ONU liquide l'espérance de 1945, celle de! la création d'un lieu de solution des conflits à l'échelle inter- nationale. N'ayant ni la culture mondiale de la laïcité quiserait nécessaire, ni les institutions démocratiques permettantd'équilibrer les pouvoirs à l'échelle internationale, la société internationale n'a aucun outil de régulation de la violence,alors que le système économique élargit chaque jour lesinégalités. Ainsi la montée des violences dont nous sommesles témoins n'a-t-elle pas lieu de nous étonner
jeudi 29 janvier 2004
Voile - Appliquer la loi
Chahdortt Djavann
La loi est une chose, son application une autre, dit-on parfois. Je suis persuadée que son application à l'école posera très peu de problèmes et que les obstacles dont on parle aujourd'hui étaient dus pour beaucoup à son absence. La stratégie islamiste profite de toutes les failles du système. Et, pour éviter de lui ouvrir des boulevards, il faut évidemment tenir les promesses faites, consacrer tous les moyens nécessaires à une réelle politique de la ville, de l'emploi et de l'éducation, ne pas laisser en déshérence une partie du territoire et la part la plus jeune et la plus demandeuse de notre population. Il faut tenir les promesses et ne pas appeler à l'aide les pompier?» pyromanes, les prosélytes de l'islamisme toujours prêts à offrir leurs bons services pour assurer l'ordre dans les banlieues.
Tariq Ramadan, l'idole des jeunes voilées, un mollah suisse déturbané qui se prend pour un néoprophètc et rêve d'organiser la mondialisation de l'islam politique, n'est destiné à aucun titre à devenir porte-parole d'une partie de la population française. Mais c'est à la répu-
blique, et très concrètement à l'action gouvernementale, de faire en sorte que nos banlieues ne deviennent pas une terre de mission pour ceux qui font leur miel de la misère, du désarroi et du désespoir de leurs fidèles.
Le régime fasciste et islamiste de l'Iran a demandé à la France de retirer sa loi contre le voile. Un régime qui a exterminé des centaines de milliers d'opposants, un régime qui pratique la lapidation au nom de la démocratie. C'est le monde à l'envers. Les nouvelles voilées en France ne peuvent pas prétendre ignorer ceux qui les soutiennent. La prise de position des dictatures islamiques contre cette loi, ingérence manifeste dans les affaires intérieures françaises, prouverait, s'il en est besoin, le lien étroit entre la prolifération du voile et l'offensive islamiste.
29 janvier 2004
La loi est une chose, son application une autre, dit-on parfois. Je suis persuadée que son application à l'école posera très peu de problèmes et que les obstacles dont on parle aujourd'hui étaient dus pour beaucoup à son absence. La stratégie islamiste profite de toutes les failles du système. Et, pour éviter de lui ouvrir des boulevards, il faut évidemment tenir les promesses faites, consacrer tous les moyens nécessaires à une réelle politique de la ville, de l'emploi et de l'éducation, ne pas laisser en déshérence une partie du territoire et la part la plus jeune et la plus demandeuse de notre population. Il faut tenir les promesses et ne pas appeler à l'aide les pompier?» pyromanes, les prosélytes de l'islamisme toujours prêts à offrir leurs bons services pour assurer l'ordre dans les banlieues.
Tariq Ramadan, l'idole des jeunes voilées, un mollah suisse déturbané qui se prend pour un néoprophètc et rêve d'organiser la mondialisation de l'islam politique, n'est destiné à aucun titre à devenir porte-parole d'une partie de la population française. Mais c'est à la répu-
blique, et très concrètement à l'action gouvernementale, de faire en sorte que nos banlieues ne deviennent pas une terre de mission pour ceux qui font leur miel de la misère, du désarroi et du désespoir de leurs fidèles.
Le régime fasciste et islamiste de l'Iran a demandé à la France de retirer sa loi contre le voile. Un régime qui a exterminé des centaines de milliers d'opposants, un régime qui pratique la lapidation au nom de la démocratie. C'est le monde à l'envers. Les nouvelles voilées en France ne peuvent pas prétendre ignorer ceux qui les soutiennent. La prise de position des dictatures islamiques contre cette loi, ingérence manifeste dans les affaires intérieures françaises, prouverait, s'il en est besoin, le lien étroit entre la prolifération du voile et l'offensive islamiste.
29 janvier 2004
mardi 6 janvier 2004
Le voile - Ce qui a changé entre 1989 et 2004
Jeudi 22 janvier 2004, le Conseil d'État, qui s'est réuni en assemblée générale, a donné un avis favorable au projet de loi interdisant des tenues et signes ostensibles d'appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics, présenté par le gouvernement en application du principe de laïcité. En 1989; saisi d'une demande d'avis sur l'état du droit en la matière par le ministre de l'Éducation nationale, le Conseil d'État avait, également en assemblée générale, considéré que le voile n'était pas en lui-même un signe ostentatoire susceptible d'interdiction générale et absolue.
Qu'est-ce qui a changé en quinze ans? En 1989, le Conseil d'État avait dû rappeler à ceux qui, dans notre société, s'indignaient de l'irruption dans nos écoles de jeunes filles vêtues d'un voile, que la liberté de conscience était au fondement de la laïcité et qu'en l'occurrence.
ce droit ne pouvait leur être retiré. En 2003, dans le cadre de la commission Stasi, au fil des nombreuses auditions que nous avons conduites, nous avons dû constater que. si le voile restait pour certaines un signe individuel d'appartenance librement choisi, il était devenu pour d'autres
— plus nombreuses que les chiffres officiels ne l'indiquent
- un choix fait sous la contrainte, ou un moyen de pression sur des jeunes filles qui ne souhaitent pas le porter et qui constituent une très large majorité.
Or, dans notre tradition laïque, l'État est le protecteur du libre exercice par chacun de sa liberté de conscience, de son expression ou de sa non-expression. Il se doit d'intervenir quand elle est menacée. Les jeunes filles non voilées et celles qui n'ont pas fait leur choix librement n'ont pas moins que les autres le droit à leur liberté de conscience.
L'espace scolaire est aussi un espace particulier, lieu de formation des esprits, de transmission des savoirs et des expériences, d'apprentissage de la vie en commun et de la citoyenneté. Il rassemble une majorité d'enfants mineurs qui doivent faire l'objet d'une protection spécifique.
En 1989, l'avis du Conseil d'État découlait du droit existant, notamment de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État et des lois relatives à l'organisation de l'Éducation nationale, particulièrement de l'article 10 de la loi du 10 juillet 1989 afférent à la liberté d'expression des élèves. Depuis, la situation dans les établissements scolaires, comme dans l'ensemble de la société, a changé. Le droit aussi a évolué, affirmant plus haut qu'auparavant l'égalité entre la femme et l'homme comme un principe essentiel, ainsi qu'en témoigne la révision «institutionnelle du 8 juillet 1999, relative à cette égalité.
Eu égard à cette situation nouvelle, le pouvoir politique a décidé de changer la législation en vigueur, en reprenant l'une des propositions de notre commission: interdire les tenues et signes ostensibles d'appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics.
Le Conseil d'État, en donnant son aval au texte du Hojet de loi, a signifié qu'il le considère comme conforme à la Constitution et aux conventions internationales engageant la France. S'il est voté par le Parlement, ce projet le loi, appuyé sur l'avis du Conseil d'État, aura une effectivité immédiate.
* Marceau Long, vice-président honoraire du Conseil d'État.
** Patrick Wcil, direcreur de recherche au CNRS,
Tous deux ont été membres de la commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité.
Qu'est-ce qui a changé en quinze ans? En 1989, le Conseil d'État avait dû rappeler à ceux qui, dans notre société, s'indignaient de l'irruption dans nos écoles de jeunes filles vêtues d'un voile, que la liberté de conscience était au fondement de la laïcité et qu'en l'occurrence.
ce droit ne pouvait leur être retiré. En 2003, dans le cadre de la commission Stasi, au fil des nombreuses auditions que nous avons conduites, nous avons dû constater que. si le voile restait pour certaines un signe individuel d'appartenance librement choisi, il était devenu pour d'autres
— plus nombreuses que les chiffres officiels ne l'indiquent
- un choix fait sous la contrainte, ou un moyen de pression sur des jeunes filles qui ne souhaitent pas le porter et qui constituent une très large majorité.
Or, dans notre tradition laïque, l'État est le protecteur du libre exercice par chacun de sa liberté de conscience, de son expression ou de sa non-expression. Il se doit d'intervenir quand elle est menacée. Les jeunes filles non voilées et celles qui n'ont pas fait leur choix librement n'ont pas moins que les autres le droit à leur liberté de conscience.
L'espace scolaire est aussi un espace particulier, lieu de formation des esprits, de transmission des savoirs et des expériences, d'apprentissage de la vie en commun et de la citoyenneté. Il rassemble une majorité d'enfants mineurs qui doivent faire l'objet d'une protection spécifique.
En 1989, l'avis du Conseil d'État découlait du droit existant, notamment de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État et des lois relatives à l'organisation de l'Éducation nationale, particulièrement de l'article 10 de la loi du 10 juillet 1989 afférent à la liberté d'expression des élèves. Depuis, la situation dans les établissements scolaires, comme dans l'ensemble de la société, a changé. Le droit aussi a évolué, affirmant plus haut qu'auparavant l'égalité entre la femme et l'homme comme un principe essentiel, ainsi qu'en témoigne la révision «institutionnelle du 8 juillet 1999, relative à cette égalité.
Eu égard à cette situation nouvelle, le pouvoir politique a décidé de changer la législation en vigueur, en reprenant l'une des propositions de notre commission: interdire les tenues et signes ostensibles d'appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics.
Le Conseil d'État, en donnant son aval au texte du Hojet de loi, a signifié qu'il le considère comme conforme à la Constitution et aux conventions internationales engageant la France. S'il est voté par le Parlement, ce projet le loi, appuyé sur l'avis du Conseil d'État, aura une effectivité immédiate.
* Marceau Long, vice-président honoraire du Conseil d'État.
** Patrick Wcil, direcreur de recherche au CNRS,
Tous deux ont été membres de la commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité.
vendredi 26 décembre 2003
L'individu autonome contre le multiculturalisme
Alain Policar
(...) Les libéraux, en effet, considèrent le moi comme préalable aux fins qu'il affirme, afin de préserver le droit de tout individu à renoncer à ses propres engagements. La relation entre le moi et ses fins est, en conséquence,
seulement déterminée par le choix que fait l'individu de celles-ci. Ce qui définit notre personnalité, ce ne sont pas les fins que nous nous choisissons mais notre capacité de les choisir. Les multiculturalistes, à l'opposé, décrivent un individu qui, tenant son identité de la communauté dans laquelle il a été socialisé, est le plus souvent incapable de s'arracher aux valeurs et au passé supposés le constituer. En conséquence, s'il est essentiel de partager des valeurs cqmmunes pour que puisse se construire l'identité, ces valeurs deviennent prioritaires par rapport aux droits individuels. Ces derniers ne sont plus fondateurs mais, au contraire, le résultat de toute une histoire. La citoyenneté est perçue comme appartenance à une communauté historique.
(...)
Si l'exigence d'universalisme suppose de ne pas nier le droit à la spécificité identitaire, elle ne peut cependant accepter la subordination des principes universels de justice au différentialisme culturel. Il est dans la nature du libéralisme, au nom de la présomption d'égale valeur des cultures, de permettre l'expression politique d'une grande diversité de celles-ci. Il est cependant incohérent d'exiger qu'au terme de l'examen nous conclussions à leur égale valeur, le libéralisme ne pouvant être confondu avec le relativisme culturel. Nous devons être attentifs à la mise en garde de Roger Kimball : « N'en déplaise aux multiculturalisr.es, le choix auquel nous devons faire face aujourd'hui n'est pas entre une culture occidentale "répressive" et un paradis multiculturel, mais entre la culture et la barbarie. La civilisation n'est pas un don du ciel, c'est une réalisation, une réalisation fragile qui a constamment besoin d'être consolidée et défendue contre les assaillants de l'intérieur comme de l'extérieur» (cité par Taylor in Multiculturalisme. Différence et démocratie, Aubier, p. 97).
Le multiculturalisme, tentative de penser la différence culturelle au sein des sociétés démocratiques, exprime une inquiétude justifiée devant le risque de délitement du lien social. Il reste que ses orientations théoriques, et tout particulièrement sa conception de la
construction identitaire, ne sauraient être acceptées, sauf à remettre profondément en cause l'autonomie individuelle, fondement de notre modernité.
26 décembre 2003
(...) Les libéraux, en effet, considèrent le moi comme préalable aux fins qu'il affirme, afin de préserver le droit de tout individu à renoncer à ses propres engagements. La relation entre le moi et ses fins est, en conséquence,
seulement déterminée par le choix que fait l'individu de celles-ci. Ce qui définit notre personnalité, ce ne sont pas les fins que nous nous choisissons mais notre capacité de les choisir. Les multiculturalistes, à l'opposé, décrivent un individu qui, tenant son identité de la communauté dans laquelle il a été socialisé, est le plus souvent incapable de s'arracher aux valeurs et au passé supposés le constituer. En conséquence, s'il est essentiel de partager des valeurs cqmmunes pour que puisse se construire l'identité, ces valeurs deviennent prioritaires par rapport aux droits individuels. Ces derniers ne sont plus fondateurs mais, au contraire, le résultat de toute une histoire. La citoyenneté est perçue comme appartenance à une communauté historique.
(...)
Si l'exigence d'universalisme suppose de ne pas nier le droit à la spécificité identitaire, elle ne peut cependant accepter la subordination des principes universels de justice au différentialisme culturel. Il est dans la nature du libéralisme, au nom de la présomption d'égale valeur des cultures, de permettre l'expression politique d'une grande diversité de celles-ci. Il est cependant incohérent d'exiger qu'au terme de l'examen nous conclussions à leur égale valeur, le libéralisme ne pouvant être confondu avec le relativisme culturel. Nous devons être attentifs à la mise en garde de Roger Kimball : « N'en déplaise aux multiculturalisr.es, le choix auquel nous devons faire face aujourd'hui n'est pas entre une culture occidentale "répressive" et un paradis multiculturel, mais entre la culture et la barbarie. La civilisation n'est pas un don du ciel, c'est une réalisation, une réalisation fragile qui a constamment besoin d'être consolidée et défendue contre les assaillants de l'intérieur comme de l'extérieur» (cité par Taylor in Multiculturalisme. Différence et démocratie, Aubier, p. 97).
Le multiculturalisme, tentative de penser la différence culturelle au sein des sociétés démocratiques, exprime une inquiétude justifiée devant le risque de délitement du lien social. Il reste que ses orientations théoriques, et tout particulièrement sa conception de la
construction identitaire, ne sauraient être acceptées, sauf à remettre profondément en cause l'autonomie individuelle, fondement de notre modernité.
26 décembre 2003
lundi 23 juin 2003
Sous le foulard, l'intégrisme
Hanifa Cherifi
Médiatrice de l'EN
(...) « Au bout d'une observation de terrain de neuf ans, nous constatons que le voile amène les femmes à se référer , à un statut dicté par la religion et non par les lois j civiques. » Interviewée dans L'Humanité du 30 avril, à la question, «Quelles sont vos impressions sur les jeunes filles qui portent le voile?», elle répond: «J'ai en face de moi des jeunes filles sûres d'elles et nullement désorientées. Elles connaissent [...] par cœur l'avis du Conseil d'État [...]. J'ai découvert l'existence d'un véritable réseau de soutien à ces élèves, composé de juristes, d'étudiants, de prédicateurs organisés dans des associations islamiques connues, telles que l'UOIF (Union des organisations islamiques de France)... » Plus loin, elle dit: «Le voile est bien plus qu'une tenue vestimentaire. Il renvoie à une restriction de la mixité, de la liberté individuelle, et met à mal l'égalité des sexes. Il faut donc s'interroger sur la signification du voile avant de se demander si c'est le libre choix des femmes de le revêtir ou pas.» C'est exactement l'appréciation que portent la majorité des proviseurs, principaux et adjoints confrontés au phénomène ces dernières années. D'autres signes religieux ostentatoires font leur apparition et les demandes d'exercice de pratiques religieuses à l'intérieur de l'école se font de plus en plus pressantes (...).
Philippe Guittet (SNPDEN).
Médiatrice de l'EN
(...) « Au bout d'une observation de terrain de neuf ans, nous constatons que le voile amène les femmes à se référer , à un statut dicté par la religion et non par les lois j civiques. » Interviewée dans L'Humanité du 30 avril, à la question, «Quelles sont vos impressions sur les jeunes filles qui portent le voile?», elle répond: «J'ai en face de moi des jeunes filles sûres d'elles et nullement désorientées. Elles connaissent [...] par cœur l'avis du Conseil d'État [...]. J'ai découvert l'existence d'un véritable réseau de soutien à ces élèves, composé de juristes, d'étudiants, de prédicateurs organisés dans des associations islamiques connues, telles que l'UOIF (Union des organisations islamiques de France)... » Plus loin, elle dit: «Le voile est bien plus qu'une tenue vestimentaire. Il renvoie à une restriction de la mixité, de la liberté individuelle, et met à mal l'égalité des sexes. Il faut donc s'interroger sur la signification du voile avant de se demander si c'est le libre choix des femmes de le revêtir ou pas.» C'est exactement l'appréciation que portent la majorité des proviseurs, principaux et adjoints confrontés au phénomène ces dernières années. D'autres signes religieux ostentatoires font leur apparition et les demandes d'exercice de pratiques religieuses à l'intérieur de l'école se font de plus en plus pressantes (...).
Philippe Guittet (SNPDEN).
Libellés :
11 - France,
207 - Hanida Cherifi,
36 - Voile
mardi 6 mai 2003
Contre tout signe religieux à l'école
Catherine Kîntzler, Pierre-André Taguicff, Bernard Tepe, Michèle Tribalat *
Lorsque la première «affaire du voile islamique» a éclaté en 1989, les belles âmes ont prêché la tolérance: couvert par une aveugle bienveillance, le phénomène était voué il .s'éteindre de lui-même. Kt puis, pouvait-on imaginer une figure plus parfaite de la victime qu'une jeune fille voilée? Gomment la rigueur universaliste républicaine pouvait-elle oser s'en prendre a elle, fille d'immigré musulman, banlieusarde, asservie? La culpabilité post-colonialiste des beaux quartiers l'a ainsi laissée à sa condition d'intouchable; elle a consenti du même coup à exposer la musulmane non voilée à des persécutions bien réelles.
Loin de s'atténuer, le phénomène s'est au contraire développé. Encouragé par un laisser-fairc qui vaut cffectivement reconnaissance de l'obligation d'appartenance, il a déclenché une exaspération des antagonismes religieux exprimés il l'école publique.
Quand bien même le port du voile à l'école publique serait réductible à la manifestation d'une opinion religieuse issue d'un «choix personnel», il n'en serait pas moins condamnable - de même que le port de la croix ou de la kippa -, mais coût le monde peut constater qu'il excède largement ectte dimension. Brandi parfois comme signe politique (comme l'ont montré les récents événements au collège de Savigny-!e-Templc), il signe l'enfermement de la femme dans une communauté de repli. Sous prétexte de la « protéger • en la couvrant, il la dépouille de toute qualité en la réduisant à une particularité qu'elle n'a pas choisie: contrairement aux apparences, il s'agit bien d'une mise à nu, d'une dêpossession de soi.
Mais cet enfermement et cette dêpossession visent aussi bien les filles que les garçons. Ramenant les unes a la stricte condition d'épousables sur hori/on de mariages arrangés, interdisant aux uns de jeter les yeux sur elles, disant aux autres « elles vous sont réservées -, le port du voile disqualifie a priori tout rapport entre les sexes qui ne serait pas réductible à un pur échange social réglé autoritairement de l'extérieur; il annule toute prétention à la qualité personnelle et fait de la condition sociale le tout de la destination humaine. Il fait prévaloir l'emprise d'une appartenance culturelle exclusive, marque d'une identité collective dont le statut et le sens demeurent pour le moins ambigus (entre religieux et politique). Les partisans du voile font sonner bien fort leur attachement à la citoyenneté et à la liberté, mais c'est
pour mieux nier l'utilité d'une école républicaine mixte fondée sur le dépassement des données sociales par le développement acquis des talents personnels; ils savent s'appuyer sur les carénées de la législation actuelle pour mettre en échec la démarche courageuse d'enseignants, de chefs d'établissement ou de parents d'élèves qui entendent faire respecter ces principes dans leur établissement.
Opposés au port du voile islamique à l'école publique, nous avons longtemps hésité à réclamer une loi, pensant que ce serait trop que de légiférer sur une matière qui pouvait apparaître comme particulière. Il aurait en effet été suffisant de rester ferme sur les principes dès le début. Mais, nourrie par les illusions multiculturalistes, la tolérance funeste (installée notamment par la loi de 1989 et les arrêts du Conseil d'État) qui règne depuis trop longtemps sur ce point pose maintenant, à travers le statut des femmes et au-delà de lui, la question générale de la reconnaissance d'une obligation d'appartenance. Le principe est que l'école doit Être soustraite à la pression de tout groupe politico-religieux quel qu'il soit. Il est grand temps de songer à assurer la liberté de conscience aussi pour ceux qui ne souhaitent afficher aucune "identité- particulière. La conviction religieuse, puisqu'elle est de l'ordre de la liberté, ne peut pas se manifester comme un absolu (ou une norme non négociable) a l'école publique- lieu décisif où la liberté du citoyen se forme -, a fortiori elle ne peut certainement pas s'y signaler par une mainmise sur une portion de la population au nom de rôles sexuels autoritairement réglés. Interdire par la loi tout signe religieux à l'école publique et tout signe de discrimination, c'est clairemcnc signifier que personne n'est tenu de se définir a priori par une appartenance.
6 mai 2003
Catherine Kintzler est professeur de philosophie a l'université Lille III; Pierre-André Taguieff philosophe, directeur de recherche au CNRS; Bernard Tepe, président de l'union des familles laïques (Ufal}; Michèle Tribalat, directrice de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined).
Lorsque la première «affaire du voile islamique» a éclaté en 1989, les belles âmes ont prêché la tolérance: couvert par une aveugle bienveillance, le phénomène était voué il .s'éteindre de lui-même. Kt puis, pouvait-on imaginer une figure plus parfaite de la victime qu'une jeune fille voilée? Gomment la rigueur universaliste républicaine pouvait-elle oser s'en prendre a elle, fille d'immigré musulman, banlieusarde, asservie? La culpabilité post-colonialiste des beaux quartiers l'a ainsi laissée à sa condition d'intouchable; elle a consenti du même coup à exposer la musulmane non voilée à des persécutions bien réelles.
Loin de s'atténuer, le phénomène s'est au contraire développé. Encouragé par un laisser-fairc qui vaut cffectivement reconnaissance de l'obligation d'appartenance, il a déclenché une exaspération des antagonismes religieux exprimés il l'école publique.
Quand bien même le port du voile à l'école publique serait réductible à la manifestation d'une opinion religieuse issue d'un «choix personnel», il n'en serait pas moins condamnable - de même que le port de la croix ou de la kippa -, mais coût le monde peut constater qu'il excède largement ectte dimension. Brandi parfois comme signe politique (comme l'ont montré les récents événements au collège de Savigny-!e-Templc), il signe l'enfermement de la femme dans une communauté de repli. Sous prétexte de la « protéger • en la couvrant, il la dépouille de toute qualité en la réduisant à une particularité qu'elle n'a pas choisie: contrairement aux apparences, il s'agit bien d'une mise à nu, d'une dêpossession de soi.
Mais cet enfermement et cette dêpossession visent aussi bien les filles que les garçons. Ramenant les unes a la stricte condition d'épousables sur hori/on de mariages arrangés, interdisant aux uns de jeter les yeux sur elles, disant aux autres « elles vous sont réservées -, le port du voile disqualifie a priori tout rapport entre les sexes qui ne serait pas réductible à un pur échange social réglé autoritairement de l'extérieur; il annule toute prétention à la qualité personnelle et fait de la condition sociale le tout de la destination humaine. Il fait prévaloir l'emprise d'une appartenance culturelle exclusive, marque d'une identité collective dont le statut et le sens demeurent pour le moins ambigus (entre religieux et politique). Les partisans du voile font sonner bien fort leur attachement à la citoyenneté et à la liberté, mais c'est
pour mieux nier l'utilité d'une école républicaine mixte fondée sur le dépassement des données sociales par le développement acquis des talents personnels; ils savent s'appuyer sur les carénées de la législation actuelle pour mettre en échec la démarche courageuse d'enseignants, de chefs d'établissement ou de parents d'élèves qui entendent faire respecter ces principes dans leur établissement.
Opposés au port du voile islamique à l'école publique, nous avons longtemps hésité à réclamer une loi, pensant que ce serait trop que de légiférer sur une matière qui pouvait apparaître comme particulière. Il aurait en effet été suffisant de rester ferme sur les principes dès le début. Mais, nourrie par les illusions multiculturalistes, la tolérance funeste (installée notamment par la loi de 1989 et les arrêts du Conseil d'État) qui règne depuis trop longtemps sur ce point pose maintenant, à travers le statut des femmes et au-delà de lui, la question générale de la reconnaissance d'une obligation d'appartenance. Le principe est que l'école doit Être soustraite à la pression de tout groupe politico-religieux quel qu'il soit. Il est grand temps de songer à assurer la liberté de conscience aussi pour ceux qui ne souhaitent afficher aucune "identité- particulière. La conviction religieuse, puisqu'elle est de l'ordre de la liberté, ne peut pas se manifester comme un absolu (ou une norme non négociable) a l'école publique- lieu décisif où la liberté du citoyen se forme -, a fortiori elle ne peut certainement pas s'y signaler par une mainmise sur une portion de la population au nom de rôles sexuels autoritairement réglés. Interdire par la loi tout signe religieux à l'école publique et tout signe de discrimination, c'est clairemcnc signifier que personne n'est tenu de se définir a priori par une appartenance.
6 mai 2003
Catherine Kintzler est professeur de philosophie a l'université Lille III; Pierre-André Taguieff philosophe, directeur de recherche au CNRS; Bernard Tepe, président de l'union des familles laïques (Ufal}; Michèle Tribalat, directrice de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined).
Libellés :
11 - France,
208 - Catherine Kintzler,
36 - Voile
mercredi 1 janvier 2003
Fillettes en pays musulman
Ce qui est considéré, aujourd'hui, dans les pays démocratiques, comme de la pédophilie, non seulement n'est pas considéré comme de la pédophilie dans tous les pays musulmans mais est institutionnalisé. Les mariages des filles de 14 13, 12, 9, 7 ans avec des messieurs vieillissants ou d'un certain âge, sont des faits irréfutables dans tous les pays musulmans. i Et il faut savoir aussi que quand on voile une fillette dans une famille, on inculque du coup à ' ses frères que le sort de sa sœur, de ses sœurs, relève de sa responsabilité, que sa sœur, c'est son honneur sexuel : qui osera approcher la fillette, la jeune adolescente, aura affaire avec les frères. On est en train de lui enlever très tôt tous ses droits à devenir une adolescente heureuse, une femme libre, libérée des droits que s'arrogent sur elle ses frères, son père, tout homme qu'on lui imposerait et dont elle ne voudrait pas.
Voiler une fillette doit être considéré comme une maltraitance psychique, physique, sociale, et sexuelle, inadmissible en démocratie.
Chahdortt Djavann, écrivaine iranienne, témoignant devant la Commission Stasi. 2003
Voiler une fillette doit être considéré comme une maltraitance psychique, physique, sociale, et sexuelle, inadmissible en démocratie.
Chahdortt Djavann, écrivaine iranienne, témoignant devant la Commission Stasi. 2003
Libellés :
13 - Monde,
205 - Chahdortt Djavann,
36 - Voile
mardi 10 décembre 2002
La laïcité est elle une particularité française? - Guy Coq
L'idée d'un retour aux sources n'est pas limitative. Si elle implique, on l'a vu, de revisiter 1905, elle n'interdit aucune remontée vers des sources plus anciennes, variées, unifiantes. Elle permet aussi de montrer que ni la laïcité ni les droits de l'homme ne sont la propriété de personne. Car il faut en etïet distinguer la genèse
historique d'un principe sociétal et le travail de fondement. Ainsi, que les Droits de l'homme soient marqués au départ par l'influence de la Bible et des Evangiles - qui ont ouvert la possibilité spirituelle de les exprimer -, leur portée universelle dépasse les confessions chrétiennes. Leur source historique particulière n'est pas contradictoire avec leur portée universelle. Ils ne doivent pas être identifiés au christianisme, mais à un idéal universel d'humanité. Si l'on distingue leur généalogie historique et leur fondement, on arrive à l'idée que les fondements de ces principes doivent être multiples. Diverses religions, diverses philosophies peuvent trouver en elles les ressources pour donner un fondement métaphysique aux droits de l'homme, à la démocratie, à la laïcité. Le christianisme, qui eut un rôle important dans la généalogie historique, peut aujourd'hui produire un solide fondement des droits de l'homme. Il n'est évident pas le seul à pouvoir le faire.Cette distinction entre généalogie historique et fondement s'applique parfaitement au principe de laïcité. Sa généalogie historique à partir de l'Histoire de France peut s'expliquer par certains caractères de cette histoire, mais cela n'en fait pas une identité exclusive de la particularité française. La généalogie de ce principe de-laïcité peut se produire ailleurs dans un autre contexte-culturel et historique. Mais la diversité possible de la généalogie historique ne retire rien à la clarté du principe de laïcité et ne remet pas en cause sa possible universalité comme aspect de la modernité démocratique.
historique d'un principe sociétal et le travail de fondement. Ainsi, que les Droits de l'homme soient marqués au départ par l'influence de la Bible et des Evangiles - qui ont ouvert la possibilité spirituelle de les exprimer -, leur portée universelle dépasse les confessions chrétiennes. Leur source historique particulière n'est pas contradictoire avec leur portée universelle. Ils ne doivent pas être identifiés au christianisme, mais à un idéal universel d'humanité. Si l'on distingue leur généalogie historique et leur fondement, on arrive à l'idée que les fondements de ces principes doivent être multiples. Diverses religions, diverses philosophies peuvent trouver en elles les ressources pour donner un fondement métaphysique aux droits de l'homme, à la démocratie, à la laïcité. Le christianisme, qui eut un rôle important dans la généalogie historique, peut aujourd'hui produire un solide fondement des droits de l'homme. Il n'est évident pas le seul à pouvoir le faire.Cette distinction entre généalogie historique et fondement s'applique parfaitement au principe de laïcité. Sa généalogie historique à partir de l'Histoire de France peut s'expliquer par certains caractères de cette histoire, mais cela n'en fait pas une identité exclusive de la particularité française. La généalogie de ce principe de-laïcité peut se produire ailleurs dans un autre contexte-culturel et historique. Mais la diversité possible de la généalogie historique ne retire rien à la clarté du principe de laïcité et ne remet pas en cause sa possible universalité comme aspect de la modernité démocratique.
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